
Mohamed-Ali Bouharb, le 7 mai dans son local au fort militaire de Charenton.
PORTRAIT - Avec le grade de
capitaine, l'aumônier musulman Mohamed-Ali Bouharb veut organiser
un pèlerinage militaire à La Mecque.
Deux
grands drapeaux, français et européen, ornent son local
retranché au deuxième étage du fort militaire de
Charenton, à Maisons-Alfort. Un portrait officiel du
président Sarkozy et l'Appel du 18 juin complètent le
décor somme toute assez classique s'il n'y avait, sous un
tableau blanc, ces deux divans orientaux tendus d'un tissu moiré
émeraude et or. Ainsi qu'un exemplaire du Coran posé
à côté de l'ordinateur. Le bureau de Mohamed-Ali
Bouharb, récemment nommé premier aumônier musulman
de la gendarmerie, ne laisse guère indifférent.
À 32 ans, ce capitaine reçoit en uniforme noir et par
une vigoureuse poignée de main. Tenant son képi où
a été brodé le croissant de lune, symbole de
l'islam, entre deux rameaux d'olivier, il toise son hôte d'un
regard bleu azur rappelant le ciel tunisien de ses aïeux.
Père de deux jeunes enfants, il est marié à une
agent de la brigade des douanes. «Elle possède un
pistolet, mais son arme, instrument de coercition, est moins puissante
que la mienne qui offre le soutien de la religion», sourit-il.
Celui qui a fait sa «déclaration d'amour profond à
Allah vers 17 ans» a fréquenté les mosquées
de Rouen et du Havre pour suivre des séminaires de formation.
Fort en thème ayant commencé des études
scientifiques, Mohamed-Ali Bouharb invoque une sempiternelle
«quête de sens» pour expliquer son changement de
cursus et son «coup de foudre» pour la sociologie puis les
sciences du langage. À l'évidence, le jeune homme
maîtrise les techniques d'interaction verbales, avec un art
consommé de la rhétorique.
Sans détour, l'aumônier affirme : «Apprendre
à communiquer est devenu indispensable pour évoquer
l'islam, tant la confusion des genres est grande quand on assimile
cette religion à l'intégrisme, voire au
terrorisme…»
Pionnier à plus d'un titre, celui qui se surnomme le
«petit jeune aumônier» fut aussi l'année
dernière le major de la première promotion du cursus
«religion, laïcité et interculturalité»
de l'Institut catholique de Paris, qui a déjà
formé une vingtaine d'«imams à la
française». À l'occasion d'une réception
à Issy-les-Moulineaux en février dernier, le maire,
André Santini, un rien taquin, lui a lancé «un
musulman formé par les cathos pour apprendre les valeurs
républicaines, j'adore !»
Soutien spirituel dans les moments difficiles
Au sein de la gendarmerie, où l'on célèbre
encore Sainte-Geneviève avec une relative ferveur, Mohamed-Ali
Bouharb entend «intégrer l'islam au sein d'une grande
institution régalienne, sans jamais céder au
prosélytisme. Ma fonction me l'interdit…».
«Des gendarmes musulmans de tous les grades me
téléphonent ou m'envoient des mails, sourit
l'aumônier qui se dit incapable d'en estimer le nombre. Plusieurs
fois par semaine, je leur apporte un soutien spirituel quand ils ont
perdu un proche ou lorsqu'ils passent un concours. Je ne suis pas
là pour faire de la figuration.»
Prosaïque, l'imam en uniforme n'hésite pas à
fournir l'adresse d'un bon médecin pour les circoncisions ou
celles des agences de voyages organisant des pèlerinages sans
escroquer les fidèles. D'ailleurs, il ne cache pas son envie
d'organiser d'ici à 2011 un voyage de militaires musulmans
à La Mecque.
Enfin, il veille à ce que la viande hallal soit servie aux
pratiquants, qu'ils soient en caserne ou en opérations
extérieures. «Nous avons composé quatorze types de
repas et près de 50 000 barquettes repas ont été
commandées il y a un an», se félicite le jeune
officier.
Sollicité par la hiérarchie, il a été
récemment consulté sur la conduite à tenir lors
d'obsèques musulmanes ou lorsqu'une de ses ouailles fut
affectée par erreur comme serveur dans un mess où l'on
sert de l'alcool. «À chaque fois, j'ai été
écouté», se félicite Mohamed-Ali Bouharb,
qui se déclare «plus que satisfait de constater à
quel point la gendarmerie cultive le respect de l'autre.»
Une attention qui commence dès l'école, comme peuvent
en témoigner deux élèves officiers pour qui le
ramadan tombait durant leur «stage d'aguerrissement». Pour
qu'ils tiennent le coup, l'aumônier leur a permis de rompre le
jeûne à condition qu'ils le rattrapent l'année
prochaine.