Malgré les discours de rupture, la France reste très préoccupée par la défense de ses intérêts économiques sur le continent, qui s’apparente souvent à une prédation pure et simples des ressources locales.
L’exploitation des ressources et l’utilisation privilégiée des débouchés que représentaient les colonies fut dès l’origine une des principales justification de l’entreprise coloniale ;
Or l’Afrique continue de représenter un réservoir immense de richesses naturelles et fait figure de marché extrêmement prometteur au regard de son évolution démographique (plus d’un milliard d’habitants en 2009) ;
La volonté historique de la France de contrôler les ressources du continent a donc résisté à la décolonisation par différents moyens, dont la création du groupe Elf (émanation des services secrets) dans le secteur pétrolier, et le maintien de la position dominante de groupes français dans d’autres secteurs (commerce, bois, coton, plantations coloniales) ;
Cette prédation des ressources a également été facilitée par le système monétaire néocolonial du Franc CFA, ainsi que par la signatures d’accords de « partenariat » économique avec les pays du « pré-carré » prévoyant des modalités préférentielles de commerce avec la France ;
A ce système intégré de domination sont venus s’ajouter les Plans d’ajustements structurels menés par les IFI, et dont la principale conséquence fut le démantèlement des États et la privatisation des services publics africains. Dans la zone CFA, ces privatisations se sont généralement faites au profit de groupes français qui se sont ainsi assuré une véritable mainmise sur certains secteurs d’activités (eau, électricité, transports, télécommunication, banque etc.) ;
Malgré des discours de plus en plus répandus déplorant le « recul » supposé des entreprises françaises en Afrique, doublés du chiffon rouge chinois régulièrement agité pour renforcer le sentiment de patriotisme économique, la présence française en Afrique reste prédominante, et surtout extrêmement rentable pour les entreprises françaises ;
Le principal problème de cette mainmise des entreprises françaises sur le continent est bien sûr le manque de transparence de leurs activités et l’ampleur de la corruption qu’elles génèrent, en Afrique comme en France, à travers notamment l’utilisation des paradis fiscaux (Affaire Elf, Angolagate etc.). Ainsi, la population très pauvre des plus gros producteurs de pétrole du continent, comme le Gabon, continue de s’interroger sur la destination des immenses recettes pétrolières générées dans ces pays ;
Les entreprises françaises sont également loin d’être exemplaires en matière de Responsabilité sociale et environnementale (comme l’ont montré les récents éclairages sur les conditions de travail déplorables dans les plantations du groupe Bolloré au Cameroun, ou encore sur les conséquences sanitaires de l’exploitation de l’uranium sur les populations du Gabon et du Niger).
« Faut-il encore investir en Afrique ? Bien sûr ! Nous ne sommes pas des sociétés de bienfaisance. Si nous ne trouvions pas notre compte en Afrique, nous n’y serions plus. D’ailleurs, les grands groupes sont toujours présents sur ce continent. » Jean-Louis Castelnau, Président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique, Le Figaro, 02/12/2004 ( afrique2010.fr )