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Salat Janaza

 

 


Le port de la burqa ( ou niqab ) reste marginal dans le Loiret

 

Alors qu'une mission parlementaire est chargée d'enquêter sur le port de la burqa en France, le Loiret connaît encore peu le phénomène. Le voile, à l'inverse, s'est répandu parmi les jeunes femmes musulmanes.

Le 22 juin, le président Sarkozy déclarait « officiellement » que la burqa - le voile intégral porté par certaines femmes afghanes - n'était « pas la bienvenue en France ». Le lendemain, une mission parlementaire était chargée d'enquêter pendant six mois sur le port de la burqa (ou niqab), afin d'apprécier l'ampleur du phénomène en France.


Si le voile intégral reste très peu porté dans le département, le voile islamique (le hijab), qui recouvre les cheveux, le cou, les oreilles et une partie de la poitrine, est quantitativement en très nette progression dans le Loiret. Bien plus nombreuses à le porter sans doute, les jeunes femmes musulmanes l'assument aussi plus ouvertement. « Dégager le front pour identifier une personne, c'est normal. Mais quand un policier nous demande d'enlever notre voile et de montrer nos cheveux, c'est une humiliation pour nous. C'est là que l'agressivité surgit », commente Latifa, 40 ans, voilée.

« La burqa n'a rien à voir avec la religion »
Face au récent refus des autorités politiques françaises de voir le port de la burqa se développer, les porte-parole et représentants de la communauté musulmane du Loiret sont partagés, et disons-le, souvent très embarrassés. Beaucoup ont d'ailleurs refusé de s'exprimer sur le sujet, considérant qu'il était « tabou ».

« On se soumettra à la loi de la République, et on acceptera la décision du Parlement sans souci », indique Mohamed Azouigui, président de l'association des Musulmans de Pithiviers. Avant de poursuivre : « C'est normal de s'interroger. Quand c'est le choix d'une femme, je le respecte. Si c'est sous l'influence de quelqu'un, là ça me révolte. » Abderrahim Ghbabra, directeur d'une école de formation à Orléans-La Source, refuse cette loi du silence. « La burqa n'a rien à voir avec la religion musulmane. C'est le retour d'un radicalisme salafiste. On est dans le champ de l'enfermement. On dénature l'Islam, et bien sûr on rentre en confrontation avec les valeurs de la laïcité. » Pour autant, il estime que toute interdiction aurait l'effet inverse de celui escompté : « Si on réagit par l'interdiction, on créé une cage supplémentaire dans laquelle la femme sera enfermée. Il y a des structures associatives qui se battent tous les jours pour que la burqa reste très marginale. La pression de l'intégrisme est forte, pérenne. On arrive encore à la contenir. Leurs enfants, leurs femmes viennent encore dans nos structures. Mais plus on fragilise ces structures qui sont laïques, et qui défendent la République, plus on fait le jeu de l'intégrisme. Les solutions sont dans l'accompagnement, l'éducation et la prévention. »
Un triptyque indispensable sans doute, mais qui exige davantage de moyens humains et financiers qu'une interdiction pure et simple qui servirait de « terrain de jeu pour les intégristes », selon Abderrahim Ghbabra. L'enjeu mérite qu'on ne se trompe pas de solution.



"Est-ce qu'en me protégeant, je vous agresse ?

Pique-nique bucolique dans un parc d'Orléans, la semaine dernière : six jeunes femmes musulmanes déjeunent à même la pelouse. Petit répit avant de reprendre le travail dans un centre de sondages par téléphone. Parmi elles, seule Badia, 22 ans, porte le jilbeb noir, qui laisse juste apparaître une partie de son visage. Fatiha, 31 ans, Latifa, 40 ans, et Imaine, 18 ans, se dissimulent « du regard des hommes » par le voile « islamique », qui « couvre les cheveux, les oreilles, le cou, et une partie de la poitrine ». Enfin, Soumaya, 22 ans, et Hayat, 21 ans, sont vêtues, elles, à l'occidentale, bijoux et maquillage compris. « Ce n'est pas définitif, et je porterai sûrement le voile après », assure la première. « J'ai l'intention de le porter moi aussi, mais je ne suis pas encore prête pour le moment », poursuit la seconde.

« Quand on rentre dans un bus, on va nous regarder... »
En pleine polémique sur la burqa, cette tenue portée par certaines femmes afghanes, qui couvre totalement le corps et le visage, ces jeunes musulmanes s'indignent que la France puisse engager une mission parlementaire sur le port du voile intégral, avec pour probable dessein de l'interdire dans les espaces publics. Elles ne voient pas en quoi cette tenue constitue un aveu d'infériorité par rapport à l'homme, ni une forme de prosélytisme religieux ostentatoire.

« Certaines de nos amies portent la burqa. L'État devrait être rassuré que l'Islam soit apparent, au grand jour. Ce n'est pas notre volonté de nous cacher. On est fière d'être française, de vivre dans la société comme tout le monde. La religion, c'est autre chose, c'est un parcours spirituel. On a toutes grandi avec des idées de liberté et on a eu la même éducation que tout le monde à l'école. Si une loi devait être votée, elle inciterait à un Islam caché, et là ça peut devenir dangereux », estime Latifa, qui enseigne le français dans un établissement privé à Tours (Indre-et-Loire). « En classe, je mets juste un voile sur les cheveux. On a trouvé ce compromis », lâche l'enseignante.

De manière surprenante ou non, toutes ne comprennent pas en quoi le port du voile intégral peut heurter l'opinion publique française et entrer en contradiction avec les principes de la laïcité. « Est-ce qu'en me protégeant, je vous agresse ? », interroge sans fard Badia.

« On nous refuse cette liberté, ce choix de décider de porter un voile. Il y a près de 10 millions de musulmans en France, c'est la première religion ici (NDLR : en l'absence de chiffres officiels, le nombre de musulmans vivant en France est estimé entre 5 et 7 millions, l'Islam étant la deuxième religion derrière le catholicisme). On a l'impression que l'État français veut lutter contre ça, refuse que nous pratiquions librement. Quand on rentre dans un bus, on va nous regarder, alors qu'on fait tout pour nous dissimuler justement. Et nous, on ne va pas aller voir une fille qui porte une minijupe et une tenue très légère pour la critiquer. Chacun fait comme il veut. C'est notre libre arbitre, c'est un choix que nous faisons », développe Badia.

« Les Français ont peur de ce qui est étranger. On ne peut pas formater tout le monde, il faut de tout », commente Imaine. « Il y a une surmédiatisation autour de ce sujet. Depuis le 11 septembre (2001), l'Islam n'est plus perçu de la même manière. »

« Les femmes voilées sont épanouies et heureuses »
Si le regard de la société leur importe finalement assez peu, ces jeunes femmes, toutes diplômées, savent que le voile constitue une barrière, souvent infranchissable, pour mettre un pied dans la vie professionnelle. Elles travaillent d'ailleurs toutes, à l'exception de Latifa, dans un centre d'appel, donc sans relation directe avec une quelconque clientèle. « Heureusement qu'il n'y a pas le visiophone », blague Badia. « Les femmes voilées sont obligées de rester chez elles, et c'est un vrai problème », regrette Latifa, qui tient à redire qu'« à la maison, une femme musulmane sait être très séduisante ». Et de conclure : « Les femmes voilées sont épanouies et heureuses. »

Anthony Gautier

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