Premier accroc dans
la formation des imams
...

Prière
du vendredi à la Grande Mosquée de Paris. En 2008,
l'institution avait sélectionné les premiers
élèves, essentiellement algériens, appelés
à devenir des «imams à la française».
Un
élève a été exclu la semaine
dernière du cursus suivi à l'Institut catholique pour
propos antisémites.

Par
trois fois, un jeune imam a dérapé. Presque
effrontément. En pleine formation dispensée par
l'Institut catholique pour transformer des imams étrangers en
«imams à la française». Un cursus d'un an,
financé par le ministère de l'Intérieur, pour
comprendre la laïcité, les institutions, l'histoire de
France et les autres religions.
C'est à l'occasion du
cours sur le monde juif qu'Abdessamad Merimi, qui prêchait
auparavant à Grigny, s'est, semble-t-il, montré
antisémite. Le sionisme n'étant à ses yeux qu'un
vaste complot contre les musulmans. On évoque encore d'autres
sarcasmes, comme «Lévi-Strauss, encore un Juif...».
Des propos qu'il nie aujourd'hui, évoquant un malentendu.
Ce sont cependant d'autres imams choqués qui ont porté
l'affaire à la connaissance des dirigeants de la Catho. Des
semaines de tergiversations ont rendu l'affaire opaque. Mais il a
finalement été «exclu» de la formation,
assure le ministère de l'Intérieur. «Il
était important de réagir. L'exclusion a une vertu
pédagogique. C'est un rappel à la loi.»
Créer un comité de pilotage
Alerté
par les autorités, le Rassemblement des musulmans de France, le
RMF, émanation de l'islam consulaire marocain, a prié son
iman de ne plus paraître en cours. Pour éviter un nouvel
incident, le président Anouar Kbibech insiste pour qu'un
comité de pilotage veille désormais à la bonne
marche de la formation. «Pour construire des réponses dans
la concertation.» Car certains imams fraîchement
débarqués de l'étranger ne réalisent
guère que des propos qu'ils jugent anodins sont en France
inacceptables.
La direction de la Catho s'est, elle,
partagée entre les tenants de l'exclusion et les partisans de la
pédagogie. «Car il relève aussi de notre mission de
traiter les dérives.» Depuis, à la demande du
directeur des études, Olivier Bobineau, un module interculturel
a été spécialement conçu pour
déconstruire les préjugés antisémites.
«Cela s'est très bien passé. Lors d'un cas
pratique, ils ont tous pris le parti d'une famille juive
discriminée», s'enorgueillit dans un mail le professeur,
Robert Crane. À plus long terme, la Catho sait qu'elle devra
faire face dans ses promotions à des fondamentalistes. En 2008,
ses premiers élèves, essentiellement des Algériens
sélectionnés par la Grande Mosquée de Paris,
n'avaient pas posé de problème.
Cette
année, sur les 25 élèves finalement retenus, 15
sont des aumôniers militaires, déjà
«intégrés, acquis à nos valeurs» et
dix sont des imams de terrain, étrangers. «C'est un bon
compromis. On ne peut se contenter d'instruire ceux qui pensent comme
nous, ni se consacrer uniquement aux extrêmes, car ils se
ligueraient», concède-t-on avec prudence à la Catho.
Tous
craignent que l'incident ne rallume les critiques qui avaient
préludé à la naissance de cette formation. Les
musulmans l'avaient perçue comme un contrôle indu de
l'État. Et s'étonnaient de se retrouver… à
la Catho ! Tandis que certains laïcs pestaient de voir les
deniers publics financer un cursus pour imams.
Cette solution
ne fut d'ailleurs retenue qu'après avoir vainement tenté
durant des années de créer un véritable institut
de formation des imams en France. Mais les rivalités entre
courants et nationalités qui composent le Conseil
français du culte musulman ont fait échouer cette
tentative. Il fut donc imaginé ce module citoyen, pour
«mettre les imams en conformité avec la
République». Sa capacité à répondre
aux dérives, à convaincre ou filtrer est un enjeu
d'avenir, alors que la majorité des imams en France sont
étrangers.
Source: Le Figaro
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