Dalil Boubakeur interviewer par le Site internet Svp-Israel "Lorsque juifs et arabes s’unissent, ils font un travail merveilleux"

Dalil Boubakeur,
recteur de la Grande mosquée de Paris (2ème à
droite) au côté de Joël Mergui (Président du
Consistoire Central) lors de la manifestation du 14 décembre
2008 suite à la profanation d’une centaine de tombes.
(Photo : © Alain Azria)
Dalil Boubakeur est une grande
personnalité de la communauté musulmane en France. Il est
l'actuel recteur de la Grande Mosquée de Paris et fut le Premier
président du Conseil Français du Culte Musulman. Homme
remarquable par son intelligence, sa culture et son ouverture
d’esprit, il a bien voulu répondre aux questions de notre
Guide-Magazine israélien.
– SVP-Israël :
Vous étiez présent à la Synagogue de la Victoire,
lors de l’intronisation récente de Gilles Bernheim,
nouveau Grand Rabbin de France. Que ressentez-vous lorsque vous
assistez à un tel évènement intéressant la
communauté juive?
– Dalil Boubakeur :
J’ai éprouvé du bonheur, car j’étais
entouré d’amis très chers dont Gilles Bernheim que
j’admire pour sa grandeur d’esprit, sa sensibilité
et sa vision d’avenir. Je suis également très
admiratif par la formidable énergie déployée par
Joël Mergui, le Président du Consistoire Central,
J’ai toujours aimé cette grande sensibilité qui est
la qualité première des juifs. Une sensibilité
souvent empreinte de souffrance et même d’inquiétude
qui m’émeuvent. J’espère ainsi apporter par
ma présence, cette fraternité réconfortante et
nécessaire, car j’ai toujours pensé que nous sommes
faits pour nous entendre et partager les mêmes valeurs.
– Personnellement et
par rapport à votre fonction, quels liens entretenez-vous avec
la communauté juive de France?
– J’ai toujours tenu
à préserver ma liberté de dire les choses telles
que je les pense, les ressens et les voie. J’ai ainsi
éprouvé, envers ma chère communauté juive,
une affection extraordinaire que je souhaite communiquer aux autres.
C’est une expérience exceptionnelle que j’ai
vécue tant au niveau de la compréhension et des
échanges qu’au contact de l’Intelligence. Ce qui
m’a d’ailleurs valu pas mal d’hostilité de la
part de mes propres amis, notamment lorsque je reçus
l’ancien ambassadeur d’Israël en France, pour
évoquer le rôle éminent de la Mosquée de
Paris pour sauver de nombreux juifs durant la seconde guerre mondiale.
Que voulez-vous ? J’ai
toujours admiré et rencontré de très nombreuses
personnalités juives et israéliennes de très haut
niveau, car leurs vies furent un exemple. Plus
généralement, je suis convaincu que l’amitié
judéo-musulmane en France peut être un exemple pour le
monde entier et même pour nos frères du Moyen-Orient.
C’est après tout notre sagesse sémitique commune
qui a laissé émerger l’idée de D. pour le
monde entier. Qu’attendons-nous pour faire ressurgir cette
spécificité et cet héritage ?
– Cette perception et ce sentiment sont-ils partagés par la communauté musulmane de France?
– Il y a, venant des
musulmans, un grand mouvement en marche qui tend à leur faire
comprendre et respecter ce peuple inscrit dans le Coran et qui a
reçu la parole de D. Cette attirance, lorsqu’elle
s’affirmera, ravivera l’amitié
judéo-musulmane et servira l’intérêt de la
paix que D. a voulue. Quand on comprend et respecte, on est compris et
respecté par l’autre. La communauté juive est ainsi
faite qu’elle rend heureux ceux qui fraternisent et communient
avec elle.
– Pour se limiter au contexte
français, il faut regretter le manque de passerelles entre les
deux communautés… Comment concevoir ce dialogue, cette
connaissance de l’autre et les actions à mener en commun
qui restent à construire?
– J’ai toujours
déploré la pauvreté du dialogue
judéo-musulman en France, qui est la conséquence directe
du conflit au Proche-Orient. Ceci est d’autant plus regrettable
que lorsque Juifs et Arabes s’unissent, ils font un travail
merveilleux.
Concernant les derniers
évènements à Gaza, je crois personnellement que
lorsque des organisations comme le Hamas bombardent pendant des
années le territoire d’Israël, elles suscitent
forcément des réactions d’Israël et exposent
les populations palestiniennes à des représailles. Ce qui
est irresponsables et très dangereux.
Pour répondre à votre
question portant sur les actions à mener ensemble, il suffit de
reprendre nos sources pour voir à quel point le Coran est apparu
comme un jalon et dans le droit fil du message biblique d’Abraham
ou de Moïse. C’est pourquoi, je souhaiterais aller
très loin dans notre identité commune judéo-arabe.
D’ailleurs, dans le Coran, il est écrit que le peuple juif
est le peuple que D. a choisi.
– Originaire
d’Algérie, quel enseignement tirez-vous de la coexistence
entre les deux communautés dans ce pays?
– J’ai grandi en
Algérie. Je me rappelle que nous disions alors - lorsque des
juifs s’installaient dans un village - que la richesse venait
avec eux et que s’ils partaient, la misère revenait. Il
faut savoir que l’antisémitisme n’est pas une
invention arabe mais typiquement européenne. Car être
antisémite pour un arabe n’a aucun sens, car ce serait
pour un sémite être contre soi-même. Juifs et arabes
sont donc amenés, par la nature des choses, à se tenir la
main.
– Quelle image avez-vous d’Israël ? –
J’ai souvent été invité en Israël et
j’ai promis d’y aller. J’estime pourtant -
étant donné ma fonction - que je dois auparavant
convaincre ma communauté de l’intérêt de ce
voyage. Concernant Israël, je le voie et l’admire comme un
pays en pleine expansion et qui a d’énormes
possibilités grâce à l’intelligence de
sa population, surtout quand on voit comment le pays a mis en valeur
ses terres, en comparaison aux terres de ses pays voisins…
Israël est l’expression même de l’homme
livré à la nature. D’où l’importance
à mes yeux, de la connaissance et de l’intelligence
humaine.
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