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Procès en Mauritanie suite aux meurtres de quatres touristes Français. Lorsque les tueurs présumés de quatre touristes français clament leur filiation à Al-Qaïda ? La question mérite sérieusement d’être posée dans une affaire qui pourrait s’avérer emblématique des idées reçues que colporte l’Occident en matière de terrorisme.
En effet, leur procès à peine ouvert, le dimanche 23 mai 2010, les assassins présumés de quatre touristes français, en décembre 2007 – Sidi Ould Sidna (22 ans), Maarouf Ould Haiba (28 ans), et Mohamed Ould Chabarnou (29 ans)1 – n’ont guère attendu que l’on plonge plus avant dans le dossier et ont, immédiatement, saisi l’occasion pour affirmer être « des soldats d’Al-Qaïda » entraînés dans des camps de la nébuleuse salafiste.
« Je suis soldat d’Al-Qaïda. Je le dis tout haut. J’ai même effectué des entraînements dans ses camps »2, a, notamment, clamé Sidi Ould Sidna.
Sans doute pour ne pas être en reste, les sieurs Ould Haiba et Mohamed Ould Chabarnou ont déclaré, comme un seul homme, que leur mission était le « jihâd »3. Quant à Ould Sidna, il en a rajouté une couche, accusant la Cour et la Mauritanie (pourquoi se priver ?) d’« apostasie »4, les conviant, toutes deux, au « repentir »5. Il s’est en outre présenté comme « un soldat convaincu du triomphe de l’Islam et de la charia »6.
À noter que les trois hommes ont su poser une limite prudente à leur engagement, plaidant « non coupable », en présence de leurs avocats. « Je n’ai pas tué mais j’avoue que cela aurait été un grand honneur pour moi si j’avais tué », a, ainsi, déclaré Ould Maarouf Ould Haiba. Courageux, mais pas téméraire…
Une tactique qui n’aura guère impressionné le procureur, Yaghoub Ould Ahmed, requérant au nom du parquet, qui a demandé que la peine capitale soit appliqué aux trois principaux accusés.
Que penser de ce lamentable spectacle ?
En fait, ces aveux laissent franchement sceptiques. À commencer par nos estimés confrères de Jeune Afrique qui, ont, fort justement, rappelé que « Certains procès servent de tribune aux accusés qui peuvent y protester publiquement de leur innocence. L’inverse est plus rare, mais cela semble actuellement être le cas en Mauritanie, où les trois assassins présumés de quatre touristes français, le 24 décembre 2007 à Aleg (au sud-est de Nouakchott), revendiquent leur appartenance à Al-Qaïda avec une franchise non exempte d’une certaine volonté de propagande ».
La prudence de nos confrères me semble particulièrement de bon aloi. La constitution d’un groupuscule armé – en l’espèce, d’ailleurs, autant versé dans le droit commun que dans la lutte armée, en ce qui concerne les prévenus – ne signifie rien de probant en soi. Pas plus, d’ailleurs, que leur référence au salafisme.
En effet, comme l’a rappelé le spécialiste du terrorisme international Jacques Baud, dans son livre, Djihad, l’Asymétrie entre fanatisme & incompréhension, « Le salafisme inspire de nombreux groupes djihadistes modernes, mais aussi de très nombreux mouvements et groupes religieux, qui ne se reconnaissent pas dans l’usage de la violence. Comme dans la Chrétienté, il n’y a pas d’automatisme entre le fondamentalisme et la violence dans l’Islam »9
Sur la réalité des faits, dans le cas d’organisations – dites, ou s’affirmant elles-mêmes comme terroristes, cas de nos djihâdistes mauritaniens – de ce type, elle reste par définition, difficile à établir. En effet, à la différence du crime organisé, non seulement les suspects ne cherchent pas à fuir leurs responsabilités, mais, souvent, au-delà de l’assumer10, ils en rajoutent. D’où la difficulté de démêler le vrai du faux.
Aspect du problème qu’a parfaitement cerné Jacques Baud qui rappelle que « …le fait que les « coupables » refusent l’assistance d’un conseil juridique (à défaut d’un avocat) souligne la caractère héraldiste de leurs « aveux ». Sans doute innocents pour la plupart des crimes dont ils s’accusent, ils en assument une responsabilité au niveau de l’intention. Ainsi, le système judiciaire américain leur donne l’opportunité de poursuivre leur djihad et de servir de modèles pour de nouvelles générations de terroristes ! Ici également, cette démarche éclaire une dimension asymétrique. Le système des tribunaux militaires mis en place pour juger les terroristes présumés ne permet pas de produire des témoins ou des discussions contradictoires par rapport aux charges retenues contes les accusés. En d’autres termes, il n’y a aucun moyen pour déterminer la véracité des crimes dont s’accusent les détenus. Ainsi, ces procès ne permettront pas de faire toute la lumière sur les faits réels mais les condamnés auront rempli leur part du « contrat » de djihadiste »11.
Dans le cas présent, s’ajoute pour les prévenus, l’intérêt évident d’un statut carcéral nettement plus valorisant à se référencer, proprio motu, comme appartenant à la mouvance initiée par le dirigeant du Al-Jabhah al-Islamiyah al-Alamiyah li-Qital al-Yahud wal-Salibiyyin12, Ossama Bin-Mohamamd Bin-Awad Bin-Laden. Les prisons mauritaniennes ne passent pas pour très accueillantes. Y passer une partie de sa vie en tant que disciple de Bin-Laden est socialement plus intéressant que d’y moisir comme un vulgaire assassin attiré par l’appât du gain. Et seulement cela.
Ce d’autant qu’en terme de communication, le risque est faible de voir Al-Qaïda se réveiller pour renier l’appartenance d’un groupe ayant eu le réflexe de lui faire si obligeamment allégeance. Cela ne s’est, pour ainsi dire, jamais produit par le passé. Sauf à se lancer dans des querelles idéologiques avec la maison-mère. Ce qui ne serait, certes pas, présentement, dans l’intérêt des prévenus.
C’est sans doute là une des clés du procès de Nouakchott…
Par Yag Bazhdid Article du 26/05/2010 / 12:12:54
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