Cinema : Robin des bois et les musulmans, vu par Ridley Scott
Vous pensiez tout savoir de Robin des bois sous prétexte de l'avoir vu incarné par Errol Flynn, Sean Connery ou Kevin Costner (libre aussi à vous de puiser votre inspiration chez les épigones de Walt Disney) ? Et bien, détrompez-vous et laissez-vous guider par Ridley Scott, le génial réalisateur de « Blade Runner », entre autres (qui n'a pu vu sa « Chute du faucon noir » ne ne peut comprendre comment des jihadistes à l'armement sommaire s'opposent à la sophistication guerrière de l'Amérique).
Vous voilà donc devant le « Robin des bois » sorti sur vos écrans mercredi dernier. Au bout du premier quart d'heure, Richard Cœur le Lion, épuisé et amer, interroge ses fidèles rescapés sur la valeur d'aussi sanglantes aventures en Terre sainte. (Voir la bande-annonce)
Robin l'archer ose lui répondre par la négative et renvoyer à sa face royale l'horreur du massacre de « 2 500 civils musulmans » (sic) à Saint-Jean d'Acre en 1191. Il ajoute avoir vu dans le regard d'une des musulmanes alors suppliciées que tous ces Croisés étaient devenus « godless », ce que la version française traduit par « impie », à défaut de « sans Dieu », voire « infidèle ».
Retour sur la liquidation des musulmans vaincus
Pour mesurer l'énormité d'un tel aveu cinématographique, point n'est besoin de recourir aux chroniques islamiques, pourtant prolixes à ce sujet. Laissons Amin Maalouf raconter comment Richard Cœur de Lion, quatre ans après la reconquête de Jérusalem par le sultan Saladin, a ordonné la liquidation méthodique des musulmans vaincus dans le port d'Acre :
« Saladin envoie à Richard un messager pour discuter des conditions de libération des prisonniers. Mais l'Anglais est pressé. Bien décidé à profiter de son succès pour lancer une vaste offensive, il n'a pas le temps de s'occuper des captifs, pas plus que le sultan quatre ans plus tôt, lorsque les villes franques tombaient entre ses mains les unes après les autres.
La seule différence est que, ne voulant pas s'encombrer de prisonniers, Saladin les avait relâchés. Alors que Richard, lui, préfère les exterminer. Deux mille sept cents soldats de la garnison d'Acre sont rassemblés devant les murs de la cité, avec près de trois cents femmes et enfants de leurs familles.
Attachés par des cordes pour ne plus former qu'une seule masse de chair, ils sont livrés aux combattants francs qui s'acharnent sur eux avec leurs lances, leurs sabres et même des pierres, jusqu'à ce que tous les gémissements se soient tus. » (« Les Croisades vues par les Arabes », édition de poche, pages 241-242). ( Lire la suite sur rue89 )