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Salat Janaza

 

 


Obligés de tricher pour bâtir des mosquées

Alors qu'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) vient d'ouvrir une nouvelle salle de prière et que plusieurs communes d'Ile-de-France cherchent à faire de même, 20 Minutes se penche sur les « méthodes » utilisées. Dans la plupart des cas, le sujet est tabou. A Epinay, début avril, le maire Hervé Chevreau (MoDem) a inauguré un centre de 1 400 places, financé par ses soins pour 2 millions d'euros. Officiellement, il s'agit d'une salle polyvalente mise à disposition d'une association. La loi de 1905 sur la laïcité est donc respectée. En réalité, la structure sert de mosquée. « Oui, c'est une subvention déguisée, admet volontiers Hamid Boushaki, président de l'association IMS (Intégration musulmane spinassienne). Mais on le fait déjà pour les synagogues. Pourquoi y aurait-il deux poids, deux mesures ? »
 
Autre exemple, dans le 18e. Après sept ans de réflexion, la mairie veut rendre des associations musulmanes propriétaires de leur mosquée. La Ville va donc investir 22 millions d'euros pour construire deux bâtiments, dont l'un comprendra deux salles de prière de 1 000 places chacune. Une fois la construction achevée, en 2013, la municipalité vendra les bâtiments aux associations, pour 6 millions d'euros. Ainsi, « Paris ne construit pas une mosquée mais un institut culturel sur l'islam, décrypte Daniel Vaillant, maire (PS) du 18e. Si l'association veut en faire une mosquée, pas de problème ! »
 
Seule énigme : comment ces associations peuvent-elles réunir une telle somme et d'où viendrait cet argent ? A Saint-Denis, Bobigny (Seine-Saint-Denis) ou rue de Tanger (19e), faute de subsides, les projets de mosquée sont au point mort. Dans le 18e, Daniel Vaillant promet que « la pompe est amorcée ».
Mais en face, on avoue qu'aucun euro n'est encore collecté. « Ne parlons pas des choses qui fâchent, plaisante Oumar Niambaté, porte-parole de la mosquée Al Fath (18e). L'islam n'admet pas le crédit, mais Allah apporte toujours des solutions. Nous y arriverons grâce aux dons des fidèles et des Etats musulmans qui nous soutiennent. »
Si l'astuce juridique du 18e a ses limites, elle permettra sans doute d'éviter la mésaventure montreuilloise. Saisie par l'extrême droite, la justice avait annulé, en 2007, un bail à un euro symbolique cédé par la mairie de Montreuil (93) à une association pour une mosquée considéré comme contraire à la loi de 1905. L'affaire est actuellement portée devant le Conseil d'Etat. En attendant, « les musulmans pratiquent l'islam des caves et des pieds d'immeuble. C'est inacceptable », déplore la mairie.   
 
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La Prière du vendredi, c'est sacré, avec ou sans toit
 
Disposer ou ne pas disposer d'une salle pour prier. Dans le 18e, tous les vendredis, de 14 h à 14 h 30, les deux extrémités de la rue Polonceau (18e) sont bloquées par des barrières métalliques. En quelques instants, chaque centimètre carré de bitume se recouvre de tapis sur lesquels viennent prier des centaines de musulmans, agenouillés en direction de La Mecque. La masse des fidèles, parfois installés entre deux pare-chocs, déborde jusque sur les trottoirs du boulevard Barbès. En fond sonore, de vieilles enceintes posées sur le sol crachent le prêche de l'imam de la mosquée Al Fath, bien trop exiguë pour contenir tout le monde. Mais entre deux larsens, ses « Allah akbar » couvrent difficilement le vacarme de la circulation. Cette situation dure depuis plus de quinze ans. « On n'a pas d'autre choix, lâche Chouaibou, qui fréquente les lieux depuis 1997. C'est prescrit par l'islam : s'il n'y a pas de place dans la mosquée, faites ça dans la rue ! »
 
A quelques kilomètres de là, à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), depuis deux semaines, les musulmans ont le choix. Entre la voie ferrée et les barres HLM, la mairie vient d'investir dans un centre flambant neuf. A l'intérieur, une école, une bibliothèque et une salle de prière de 701 m2. Pour Hamid Boushaki, président de l'association IMS, qui gère les lieux, ce centre sera vite surchargé. Le nombre de fidèles est en effet multiplié par quatre chaque année. Mais lorsqu'il fait visiter le centre, difficile pour lui de cacher son émotion, après vingt-trois ans passés dans une cave de 63 m2 pour 300 personnes, autrefois contraintes de déborder dehors, été comme hiver. « La première fois que nous avons prié ici, tout le monde a pleuré, se souvient cet homme affable au discours modéré. C'était très émouvant de sortir du sous-développement. »

 

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