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L¨enseignement de la Langue Arabe dans l¨Education Nationale France : La langue arabe chassée des classes
par Brigitte Perucca
L’arabe,
une langue d’avenir ? Les Danois y croient. Copenhague vient
d’introduire, à cette rentrée, l’arabe dans
les collèges. Tout en accélérant
l’intégration des 10 % des 31 000 collégiens
d’origine palestinienne, libanaise et irakienne, la capitale
danoise veut préparer les bataillons de commerciaux qui
partiront demain, espère-t-elle, à l’assaut des
pays du Golfe. Un discours simple et pragmatique qui n’a pas
cours en France, où l’enseignement de l’arabe,
pourtant centenaire, est laissé à l’abandon par
l’éducation nationale, au profit des mosquées qui
ont capté la demande.
Que quelques lycées prestigieux de centre-ville regroupent des
classes d’arabophones ne doit pas faire illusion.
Reléguée dans les zones d’éducation
prioritaire, la langue arabe ne parvient pas à quitter son
ghetto. Dans l’enseignement secondaire, les effectifs sont
faméliques : 7 300 collégiens et lycéens
étudient la langue arabe, soit deux fois moins qu’à
la fin des années 1970. Parmi ces élèves, 1 800
suivent les cours du Centre national d’enseignement à
distance (CNED) et 1 500 résident à La Réunion et
à Mayotte.
A l’école primaire, apprendre l’arabe passe par les
cours d’Enseignement de langue et de culture d’origine
(ELCO). Formalisé dans les années 1970 pour
préserver "l’identité culturelle" des enfants
d’immigrés, ce dispositif est confié aux pays
d’origine mais contrôlé par l’éducation
nationale. Avec plus de 35 000 élèves, dont 22 679 en
arabe, les cours sont dispensés en dehors du temps scolaire. Le
dernier rapport de l’éducation nationale consacré
aux ELCO, publié en mars 2006, relève que les cours
d’arabe "ne sont pas convaincants". Non qu’ils se soient
transformés en cours de religion, comme les inspecteurs
l’ont maintes fois entendu, mais à cause de leur
piètre qualité : méthodes jugées
d’un autre âge, absence de lien entre l’arabe
dialectal et arabe standard, rappel constant au pays d’origine et
à son régime politique...
La comparaison avec les autres langues "rares" joue en la
défaveur de l’arabe. Le chinois, porté par un effet
de mode qui ne faiblit pas, attire environ 15 000 élèves
dans le secondaire, le portugais 12 000, le russe 14 000 et
l’hébreu 7 000. Cet échec sonne, pour nombre
d’arabisants, comme un symptôme du rejet des
Maghrébins dans la société française.
"L’enseignement de cette langue se porte aussi mal que les
populations qui la parlent", résume Abdellatif Naguaoui,
professeur d’arabe au lycée Alfred-Noble de
Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Traduire : l’arabe est
aussi mal aimé que la communauté qui le parle. Du haut en bas de la pyramide de l’éducation nationale, on
déplore "un abandon de l’arabe", selon les termes de
l’inspecteur général d’arabe, Bruno
Levallois. En tant que langue de communication, l’arabe
apparaît pourtant en plein renouveau grâce à la
scolarisation massive dans les pays du Golfe, à la
simplification linguistique à l’oeuvre grâce aux
nouveaux médias, comme Al-Jazira.
La "frilosité" des ministres de l’éducation
nationale est souvent mise en accusation par la petite
communauté arabisante. Seuls Jean-Pierre Chevènement et
Jack Lang échappent à l’opprobre : le premier
pour son discours intégrateur porteur pour la langue, le second
pour son volontarisme qui a permis la création de postes de
professeurs et l’intégration de l’arabe parmi les
langues vivantes du primaire, une mesure abandonnée peu
après son départ.
Tous les défenseurs de la langue se remémorent comme une
vexation la déclaration d’Azouz Begag.
L’éphémère ministre
délégué à la promotion de
l’égalité des chances du gouvernement Villepin
avait défendu le développement de l’enseignement du
chinois dans les ZEP, pour favoriser une meilleure insertion
professionnelle de ces jeunes bien sûr, mais aussi les mettre au
contact avec "une langue de culture". Il n’avait pas eu un mot
pour l’arabe.
Benoît Deslandes, l’actuel président de
l’Association française des arabisants, a conservé
un souvenir blessant de sa tentative, alors qu’il était
professeur, il y a quelques années, de "vendre" l’arabe
à un lycée de centre-ville. "Nous n’avons pas
d’Arabes ici", lui avait répondu le proviseur. "Vous avez
des Anglais ?" lui avait rétorqué
l’enseignant. Cette insolence lui a valu la porte.
L’expérience vécue en 2009 par l’inspecteur
pédagogique régional d’arabe, Michel Neyreneuf,
montre que les réticences sont toujours là. Après
avoir travaillé pendant des mois, sur le terrain, à
l’ouverture de classes dites bilangues (deux langues vivantes
enseignées dès la sixième) dans l’Oise, il
voit l’expérience repoussée d’un revers de
main par le rectorat. Le motif, exprimé ouvertement ou non,
étant toujours le même : proposer l’arabe,
c’est prendre le risque de "stigmatiser" des collèges.
D’où un double échec : cette langue ne trouve
pas sa place dans les établissements en quête
d’excellence et déserte les plus en difficulté.
Partout, le scénario se répète : des
effectifs de collégiens qui ne permettent plus le maintien de
l’enseignement de l’arabe au lycée ; des
professeurs d’arabe en partie désoeuvrés (60 %
d’entre eux sont remplaçants, 6 % enseignent une
autre discipline) ; une absence d’offre dans les
lycées professionnels ou dans les formations technologiques qui
proposeraient pourtant des débouchés aux
élèves maîtrisant cette langue. Jean-François Copé s’est fait l’écho
de cette préoccupation, samedi 5 septembre, lors du campus des
jeunes de l’UMP à Seignosse (Landes) : "Il y a des
emplois en lien avec le développement économique des pays
arabes, nous devrions assurer à tout jeune la possibilité
d’apprendre cette langue", a déclaré le
président du groupe UMP à l’Assemblée
nationale. Numériquement parlant, avec 4 000 à 5 000 inscrits, le
sort de l’arabe est plus enviable à
l’université. Mais le public, composé pour les deux
tiers d’étudiants en pleine quête identitaire,
n’est pas facile, concède le directeur des études
arabes et hébraïques à l’université
Paris-IV, Frédéric Lagrange. Il a vu cette proportion
d’heritage students, selon la formule anglo-saxonne, grossir au
fil des années. Nombreux sont ceux qui viennent de
filières technologiques au lycée et se retrouvent en
grande difficulté sur les bans de la fac. Parmi eux, nombre de
jeunes femmes qui se cherchent un avenir dans la communauté,
constate l’historien Benjamin Stora, qui les côtoie
à l’Institut national des langues et civilisations
orientales (Inalco).
"L’enseignement de l’arabe est parasité par le
sacré et tous les problèmes socioéconomiques de
gens qui veulent apprendre cette langue pour se forger une
identité islamique", regrette Stéphane Valters,
professeur d’arabe à l’université du Havre.
Quelques-un(e)s possèdent déjà des rudiments,
voire plus, de la langue, apprise dans un contexte religieux. "Cela
s’entend. Ils ont des intonations qui impliquent une longue
pratique de la psalmodie", explique M. Lagrange.
Car si l’arabe est en crise au collège et au lycée,
il est en plein boom dans les mosquées. Au Val
d’Argenteuil (Val-d’Oise), l’institut Al-Ihsane,
installé dans la "mosquée Renault", ainsi
surnommée parce qu’elle est installée dans une
ancienne usine du constructeur automobile, affiche 635 inscrits entre 5
et 16 ans pour la prochaine rentrée. "Sans publicité", se
flatte Abdelkader Achebouche, son président. Il ne souffre pas
du tout de la concurrence de la mosquée Dassault -
installée dans un ancien entrepôt de l’avionneur -
à qui l’on prête quelque 400 élèves,
issus de familles d’origine marocaine, quand son institut
regroupe ceux d’origine algérienne. Dans les classes d’Al-Ihsane, les cahiers des
élèves inscrits en 2008 témoignent d’un
travail scolaire assidu - quatre heures par semaine avec bulletins de
notes et appel aux parents en cas d’absence. Chaque cours
commence par une demi-heure de Coran, l’essentiel du temps
étant ensuite consacré à un cours de langue
"ordinaire". "Les parents recherchent une éducation islamique,
mais ils veulent aussi maintenir le lien avec le pays d’origine",
explique M. Achebouche. La mosquée rassure parce
qu’elle apporte à la fois le Coran, la langue et un
encadrement.
Preuve que cet afflux d’élèves vers les
mosquées signe un retour à la langue et aux racines, il
s’observe aussi dans les associations laïques.
"L’ancienne génération avait honte
d’elle-même et la connaissance de l’arabe
était un handicap plutôt qu’un atout. La jeune
génération ne raisonne plus comme ça", observe
Amar Rahaouni qui anime l’association Enfance et familles des
deux rives à Pierrefitte (Seine-Saint-Denis). A Paris,
l’engouement est réel pour les cours d’arabe
organisés à l’Institut du monde arabe (IMA) :
"Nous avons commencé avec 10 enfants de 7 à 12 ans il y a
cinq ans, nous en avons 190 aujourd’hui dont un bon nombre vient
de banlieue", raconte Sophie Tardy, responsable du centre de langues et
de civilisation de l’IMA.
Ce repli sur les associations inquiète le monde enseignant qui
regrette d’autant plus le manque de volontarisme de
l’éducation nationale. "Si la langue et la culture
deviennent la propriété des communautés, nous
sommes mal partis", regrette Bruno Levallois. "Si on ne donne pas
à leurs enfants la possibilité d’apprendre
l’arabe à l’école, les familles se tourneront
de plus en plus vers la mosquée", soutient Yiayha Cheikh,
professeur au lycée Romain-Rolland de Goussainville.
( Cet article ne prend pas en compe les Etablissements
privés musulmans , les associations musulmanes et les
mosquées de France qui gérent à elle seules plus
de 85% de l'enseignement de la langue arabe ; La langue arabe est
certainement ignorée dans l'Education Nationale mais " à
l'extérieur " La Communauté est très
bien organisée à ce niveau là ! ) Article du /
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