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Après une mission humanitaire en Afghanistan, un Français témoigne ... Owen Breuil, originaire de Locquénolé, effectue
actuellement une mission humanitaire en Afghanistan. Le jeune
Finistérien, âgé de 29 ans, raconte son immersion
dans ce pays en guerre.

Quelle est la nature de vos missions? Je
suis arrivé en Afghanistan en mai2008. Depuis avril2009, je suis
responsable du programme «National solidarity
programme»(NSP). Un programme piloté par l'organisation
non gouvernementale Solidarités (*) et financé par la
Banque mondiale, ainsi que par de nombreux États, sur le
district de Ruyi Doab, dans la province de Samangan. Nous mettons en
oeuvre des projets tels que la construction de routes, de stations
micro-hydroélectriques, de réseaux d'eau, de
réservoirs d'eau, de barrages, d'installation contre les
inondations de printemps, de ponts ...
Quels rapports entretenez-vous avec la population? Ici,
selon l'Islam et les coutumes afghanes, les invités sont
sacrés, alors j'ai toujours été très bien
reçu. La société afghane est régie par de
nombreuses règles le plus souvent non-dites, qui, d'ailleurs,
ont beaucoup de points communs avec les traditions de la paysannerie
bretonne. Lorsqu'on connaît ces règles et qu'on les
respecte, on est accepté et respecté.
Et avec les militaires? En
tant qu'ONG, nous n'avons pas de rapports avec les militaires, afin de
garder notre neutralité et notre impartialité. Tout
contact avec les forces gouvernementales ou militaires internationales
serait plutôt un risque pour nous. En effet, les militaires sont
directement visés par les talibans, les groupes
antigouvernementaux et autres groupes armés. Il faut tout de
même préciser que je travaille dans une zone
«calme», où il n'y a pas de conflit ouvert.
Et plus généralement, quel regard portez-vous sur ce pays? C'est
un pays et une culture magnifiques. Si l'on s'intéresse, sans
préjugés occidentaux, à cette culture complexe et
riche, on en tombe amoureux. L'interprétation de l'Islam en
Afghanistan est l'une des plus fondamentalistes dans le monde musulman.
La culture afghane et la religion sont imbriquées de
manière fusionnelle. Certes, il y a beaucoup d'interdits, mais
n'était-ce pas le cas de la Bretagne au début du
XXesiècle?
Vous êtes-vous déjà sentis en danger? Le
peu de fois où je me suis senti en danger, c'est lorsque je
travaillais dans la Kunar. Il y avait un nombre impressionnant de
militaires américains. Là, j'ai senti que j'étais
au centre d'une guerre ouverte. On pouvait sentir la tension. Nous
faisons très attention. Nous sommes dans une logique de
prévention et ne prenons jamais de risques inutiles.
Qu'est-ce qui vous a le plus marqué? La
différence entre ce que j'ai vécu ici et la vision des
gens restés en France. Certes, la guerre est présente,
mais la vie continue. Les Afghans ne sont pas foncièrement
contre les étrangers, comme on peut le lire dans la presse
française. Le sensationnalisme est trop souvent
privilégié par les rédactions. Un jour, un
producteur d'oranges de la Kunar m'a dit:«Vous savez, nous, les
Afghans, tout ce que nous voulons, c'est cultiver nos champs,
prospérer et vivre en paix avec nos familles; nous ne sommes pas
plus pour les talibans que pour les Américains, seulement
certains d'entre nous désespèrent de voir la paix
venir».
* www.solidarites.org
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