L¨assourdissant silence de La Réunion Le gouvernement Sarkozy a lancé, il y a quelques semaines, un
détestable débat sur l’identité nationale.
Comme le monstre de Frankenstein se retourne contre son
créateur, cette manœuvre est en train de revenir en pleine
figure de ceux qui l’ont lancée. On pourrait s’en
réjouir s’il ne faisait pas, dans sa course folle, de
profonds dégâts collatéraux dont certains nous
concernent au premier chef.
M. Besson a déclaré,
dans son zèle inspiré : « Il doit y avoir une
hiérarchie des appartenances. Chacun a son histoire personnelle,
son lieu de naissance, sa religion éventuelle. Il ne s’agit pas de renoncer à cette
histoire, mais d’accepter, lorsqu’on est français,
qu’elle devienne seconde par rapport à une autre,
c’est-à-dire l’appartenance à la nation.
» Nous sommes de religions et de spiritualités multiples,
nous sommes d’origines ethniques multiples, nous sommes
héritiers d’histoires multiples et ô combien
différentes ! Nous sommes confondus dans une même «
rényonèzté » (comme dit Waro). Avons-nous
besoin de « classer » nos appartenances ? Cela fait-il de
nous des Français moins français que les autres ?
Que les politiques nationaux, qui barbotent en plein délire,
viennent un peu chez nous confronter leurs fantasmes à notre
réalité !
Force est de constater que ce
nauséabond « débat national » se focalise
pour l’essentiel sur la place de l’islam dans la République. A la folie des Suisses anti-minarets, nous
allons ajouter la nôtre anti-burqa, histoire de stigmatiser
encore davantage nos compatriotes musulmans dans un amalgame dangereux.
Je trouve ça irresponsable. Je suis athée, fervent
défenseur de la laïcité que je considère
comme une des valeurs cardinales de notre société. Je
suis également féministe. Je vomis toutes les formes
d’intégrisme.
Je pense que la burqa est un archaïsme désolant. Mais je suis convaincu qu’en interdire le port par la loi est une ineptie que seule une société
apeurée peut approuver. La République française
est-elle donc si peu sûre de ses valeurs et de
l’adhésion de ses concitoyens qu’il faille
légiférer sur un tel sujet ?
Là encore, il me semble que La Réunion a valeur d’exemple. Les Réunionnais musulmans sont une composante incontestable de notre
société, acteurs comme tous les autres habitants de cette
île de la vie politique,
institutionnelle, économique ou culturelle. Les minarets,
l’appel à la prière ont leur place naturelle ici,
au même titre que toutes les autres manifestations de la vie
spirituelle réunionnaise. C’est presque une
incongruité de le rappeler.
Quelques burqas
croisées dans la rue ne sont en rien une menace pour la
société réunionnaise. Je suis convaincu que les
valeurs qui sont les nôtres sont un remède bien plus
efficace contre ces persistances archaïques que n’importe
quelle loi.
Alors, pourquoi n’entend-on pas la voix des
Réunionnais s’élever, non pas dans mais contre ce
débat ? Sans idéaliser la situation de notre île,
nous sommes loin devant en ces matières, et nous savons, parce
que nous le vivons, que l’identité ne se construit pas
dans la frilosité, le rejet et la raideur. Politiques, hommes de
foi et simples citoyens, nous avons un message à faire passer
aux apprentis sorciers qui nous gouvernent.
Par Zak Sosso Article du /
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