Près d'un millier de musulmans ont écouté dimanche l'islamologue Tariq Ramadan à la mosquée Arrhama de Nantes parler du "vivre ensemble" sans vouloir entrer dans la polémique d'un musulman nantais menacé par Brice Hortefeux d'être déchu de la nationalité française.
A la fin de sa conférence, planifiée depuis un mois, l'islamologue controversé a estimé que le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux "trahit les valeurs de la France" en demandant l'éventuelle déchéance de la nationalité française d'un homme soupçonné notamment de polygamie.
Si les cinq mosquées de Nantes (Arrahma, Al-Houda, Al-Furqane, Mevalana, Annour) se sont indignées d'une "stigmatisation systématique" et de la médiatisation de l'affaire, les fidèles présents dimanche étaient peu à vouloir s'exprimer sur le sujet. Certains disent s'en "ficher", d'autres ne "pas avoir suivi" ou "ne pas vouloir entretenir le conflit entre les religions".
"Je ne suis pas sûr que le sujet mérite qu'on en parle, on ne veut pas mettre plus d'huile sur le feu, cela a déjà été surmédiatisé", a ainsi expliqué Mourad Sandi, un de ses responsables de la mosquée Arrahma.
Pour Tariq Ramadan, qui s'est déclaré à plusieurs reprises contre le port du voile intégral par les musulmanes, mais aussi contre une loi interdisant son port en France, tout cela n'est qu'"instrumentalisation" et "surenchère", qui font le "beurre du Front National".
"Etre polygame, c'est illégal et cela ne se fait pas, c'est la loi qui le dit, mais depuis quand un ministre vient dire on va lui retirer sa nationalité ?", a-t-il lancé, en estimant que M. Hortefeux "trahit les valeurs de la France".
"L'Islam est devenu une balle de ping-pong entre partis politiques, c'est un sujet usé et abusé", a ajouté l'intellectuel suisse d'origine égyptienne. Il a salué le comportement de la communauté musulmane nantaise, qui a l'intelligence de pas "rentrer dans la provocation".
LePoint