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Salat Janaza

 

 


Occupation en Afghanistan : la France doit retirer nos soldats !

La question afghane vient de faire tomber un gouvernement européen et, cependant, la France -politique ne s’en émeut guère. Aux Pays-Bas, le refus de la gauche de céder sur le principe d’un retrait clair et ferme d’ici cet été des 1 940 soldats néerlandais engagés en Afghanistan sous la bannière de l’Otan provoque une crise gouvernementale, des élections législatives anticipées.


En France, par contraste, le débat sur le sort des 3 800 soldats déployés à l’est du pays, sans compter un soutien aérien et une frégate dans l’Océan indien, semble comme anesthésié, étouffé sous le statu quo élyséen d’un président qui, après avoir joué les va-t-en-guerre sous Bush, s’en tient à un « ni retraits ni renforts » (bien qu'il est discrètement répondu favorablement à l'exigence américaine d'envoyer des reforts -500 hommes sous couvertures diverses-).


Cette guerre est un fiasco


Cette guerre, dans laquelle non seulement nos armées, mais notre diplomatie sont embarquées depuis bientôt neuf ans, n’est pourtant ni anodine ni marginale. Elle concentre, sur le territoire d’un des pays les plus pauvres, les plus meurtris et les plus fragiles de la planète, tous les enjeux géopolitiques de notre époque.


Loin d’être secondaire dans notre débat public, elle devrait être centrale tant elle met à l’épreuve notre conception du monde, notre vision de la France, notre définition du rapport de l’une avec l’autre. Car, butte témoin des vertiges qui ont saisi une partie de l’Occident après les attentats du 11 septembre 2001, ce conflit en prolonge les impasses et les dérives.


D’abord, cette guerre est un fiasco. Après près de neuf ans, qui succèdent à vingt années d’autres guerres dévastatrices (contre les Soviétiques, entre Nord et Sud, entre factions diverses), aucun des buts de guerre fixés par l’Otan n’a été atteint : Ben Laden n’a pas été arrêté (puisqu'il est mort depuis longtemps...) ; les résistants n’ont pas été défaits ; la stabilisation politique est introuvable ; la misère de la population n’a pas été réduite ; la culture de l’opium n’a pas été endiguée ; la condition des femmes n’a guère changé ; le conflit s’est étendu au Pakistan ; la corruption n’a cessé de miner l’embryon d’appareil d’Etat ; et, surtout, les armées occidentales sont clairement perçues par la population comme des armées d’occupation, donc comme des ennemis plutôt que comme des alliés.


Ensuite, cette guerre est elle-même le moteur de la crise qu’elle prétend résorber. Elle est le problème, pas la solution. Elle fait durer ce qu’elle est supposée résoudre. Ainsi en est-on déjà, sans résultat véritablement probant, à la neuvième conférence internationale sur l’Afghanistan, tenue en janvier dernier à Londres.


Par realpolitik à courte vue, malgré les contestations auxquelles a donné lieu sa réélection frauduleuse jusque dans les arcanes onusiennes, ce conclave a surtout remis en selle le président Karzaï, dont la tolérance envers la corruption de son propre pouvoir est établie.


Le terrorisme ne se combat pas par la guerre


La politique occidentale est ici schizophrène, comme l’a confirmé ce télégramme de l’ambassadeur des Etats-Unis à Kaboul, révélé par la presse américaine : « Le président Karzaï n’est pas un partenaire stratégique adéquat… Il refuse toute responsabilité pour prendre en charge les programmes de défense, de gouvernance et de développement assumés par les étrangers. »


Enfin, et surtout, cette guerre repose sur deux postulats idéologiques désastreux, hérités des néoconservateurs américains. Le premier, c’est l’idée même d’une guerre globale contre le terrorisme. Le second, c’est l’affirmation d’un conflit général entre Occident et Islam.


Conservateur guère extrèmiste, l’essayiste Francis Fukuyama rompit avec ses amis néoconservateurs parce que, expliquait-il en 2007, ils ont « une incapacité à reconnaître la réalité ». Or, poursuivait-il, « le problème est la guerre elle-même. Je pense que le concept fondamental lui-même était erroné. […] La plus grande erreur qu’aient faite les Etats-Unis, au lendemain des attentats du 11 Septembre, a été d’exagérer les enjeux et la menace. »


Le terrorisme ne se combat pas par la guerre, mais par l’aide économique, les solutions politiques, l’action patiente, la réflexion intellectuelle, la justice, le droit, etc. Depuis qu’avec l’extension de l’intervention en Afghanistan, puis l’invasion militaire de l’Irak, le choix inverse fut fait par l’administration Bush, le monde n’est pas moins instable, pas moins dangereux, pas moins explosif qu’en 2001.


De plus, aucune solution durable n’a été apportée à aucun des grands drames où se joue l’avenir du monde, et surtout pas au sort injuste fait au -peuple palestinien, cristallisation emblématique de nos impuissances.


Cette guerre n’est qu’une guerre occidentale
De plus, cette guerre contre le terrorisme n’est qu’une guerre occidentale. Alors que les discours de nos dirigeants décrivent l’Afghanistan comme un enjeu géopolitique majeur pour la paix du monde, ni la puissance russe, ni la démocratie indienne, ni le régime iranien, ni l’Asie, ni l’Afrique, ni l’Amérique latine ne raisonnent ou n’agissent en écho, en appui.


La pédagogie universelle de l’intervention afghane est celle, profondément régressive, d’une guerre de l’Occident contre son Orient, réduit à l’Islam et, au sein de l’aire musulmane, à une vision réductrice, caricaturale.


Nous agissons en Afghanistan comme si nous n’avions pas pris conscience que la population cumulée de l’Amérique du Nord, de l’Union européenne et de l’Australasie (Australie et Nouvelle-Zélande), soit 700 millions d’individus, ne représentait plus que 10 % de la population mondiale, les 90 % restants étant désormais passés du statut d’objets à celui de sujets de l’histoire mondiale.


Toute sa pédagogie internationale montre que Barack Obama a pris conscience de cette nouvelle donne. Mais toute sa politique précautionneuse et progressive en Afghanistan illustre les contraintes de politique intérieure (les lobbies, de l'armement et sioniste) qui l’entravent. C’est ici que la France aurait pu l’aider, en portant une option claire de retrait, en défendant l’inutilité de cette guerre, et en justifiant la fin de l’intervention.


Hélas… « Si vous regardez l’histoire du monde, aucune armée étrangère n’a réussi dans un pays qui n’était pas le sien. Aucune ! Quelle que soit l’époque, quel que soit le lieu ! » C’est ce que déclarait le candidat Sarkozy en avril 2007. Il serait temps que, l’exemple néerlandais aidant, il tire les conséquences pratiques de cette lucidité électorale : en retirant nos soldats d’Afghanistan.

ToutSaufSarkozy

Article du 03/03/2010 / 20:31:32


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