C'est un épisode assez symptomatique des
obsessions de l'époque. Jeudi matin, un petit "confidentiel"
dans les pages politiques du Figaro vous fait sursauter. Le
préfet de le région Rhône-Alpes aurait "signalé" au ministère de l'Intérieur la présence sur les
listes de Jean-Jack Queyranne, président socialiste sortant,
d'un membre du Conseil régional du culte musulman en
Rhône-Alpes. Un proche, précise le quotidien, de l'UOIF
(Union des organisations islamiques de France). Un épisode de
plus dans ce climat étouffant pour les musulmans, de
débat en minarets, de voiles en barbes, de soupçons en
rumeurs, dans un nauséeux amalgame. Puis, dans la journée, l'information change. Pas sa portée...
Un coup de fil à l'équipe de campagne de Jean-Jack
Queyranne vous apprend d'abord que le préfet se serait
trompé. Que le Toufik Chergui présent sur les listes est
bien membre du CRCM (où il s'occupe des questions liées
à l'abattage rituel), mais ne serait pas proche de l'UOIF. Les
services auraient confondu avec un homonyme. Le candidat est un
transfuge du Modem, un conseiller municipal et proviseur adjoint de
lycée, donc élu et fonctionnaire de la République,
souligne un proche de Jean-Jack Queyranne.
Le président sortant décide alors d'écrire une lettre "salée" au préfet, pour s'étonner de ses méthodes. Son
entourage rappelle qu'il y a un fâcheux précédent
entre la préfecture et la région avec ce mail
envoyé à l'automne 2008 par un policier qui sollicitait
des
informations sur les pratiques religieuses des agents "autres que
chrétiens" (lire).
A l'époque, le préfet avait expliqué qu'il
s'agissait d'une initiative malheureuse, venant d'un policier qui a
depuis été sanctionné.
Coup de fil ensuite aux services du préfet. Cette fois, on explique que le représentant de l'Etat n'a "averti personne et n'a pas à le faire". Que "Monsieur Chergui est candidat où il veut, il fait ce qu'il veut".
Le préfet a appelé les responsables du CRCM ainsi que le
président de la région pour expliquer que Le Figaro s'est
trompé.
De fait, le quotidien a publié les
démentis de tout le monde. Ce qui n'a pas pleinement convaincu
à la région. Au PS, certains se demandent comment le
journal, depuis Paris, a eu accès aux informations personnelles
concernant leur candidat. La campagne continue.
Olivier BERTRAND