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Un processus de paix cathodique Un processus de paix cathodique
Cet été, dans le sud de la France, devrait se tenir des
négociations inédites. Pendant un mois, douze jeunes
originaires d'Israël et des Territoires palestiniens, vont
discuter des conditions d'un accord de paix devant les caméras
de Mohamed Ulad Mohand, producteur franco-marocain et créateur
de cette série documentaire originale.

Mohamed est optimiste et enthousiaste lorsqu’il parle de son projet. Cet « objet audiovisuel »,
qualifie-t-il, n’existe pas encore, mais tout le monde en parle
déjà. Intrigante, cette idée de réunir
douze jeunes dans un mas (ferme) en Provence pour négocier des
accords de paix. Ceux du Proche-Orient à Saint-Saturnin. Cet
été, pendant un mois, six palestiniens et six
israéliens âgées de 18 ans vont se retrouver,
devant les caméras, autour d’une table des discussions. «
Notre expérience est originale dans le sens où les
principaux concernés vont s’adresser aux spectateurs
européens pour leur dire quelle est leur vision d’avenir
de ce conflit », confie Mohamed Ulad Mohand, producteur
franco-marocain et créateur de cette série documentaire
en dix épisodes.
Si certains
éléments du dispositif rappellent la
télé-réalité, les auteurs s’en
défendent. « On passe notre temps à expliquer l’inverse », ce qui fait penser à ça, développe Mohamed Ulad, «
c’est le fait d’extraire des jeunes de leur pays
d’origine et les amener "artificiellement" dans un milieu qui
n’est pas le leur et les faire cohabiter ensemble ».
Pas de direct, pas d’éliminations, pas
d’interactivité avec le spectateur et surtout aucun moment
d’intimité. « On
a une responsabilité morale vis-à-vis de ces jeunes. Ils
auront chacun leur espace vital où aucune caméra
n’aura accès »
Ici, toute ressemblance avec des personnes existantes n’est pas
fortuite. D’ailleurs, les jeunes vont être "castés"
à domicile, dès le mois d’avril. En Israël et
dans les Territoires palestiniens. Histoire de coller au plus
près à la réalité humaine, politique et
religieuse des deux sociétés. « Il y aura aussi bien des jeunes de Gaza, de Cisjordanie », «
des jeunes qui vivent dans les camps de réfugiés,
d’autres à Jérusalem-Est, des musulmans, et des
chrétiens, des religieux et des laïcs, des enfants issus de
familles proches du Fatah et du Hamas (1)»; coté israélien, «
il y aura des laïcs, des religieux pratiquants, non pratiquants,
un nouvel immigrant aussi », « un jeune dont la famille est
installée depuis plusieurs générations, un arabe
israélien, un autre du désert du Néguev (2)», précise Mohamed. Les auteurs nuancent, toutefois : « évidemment, on ne peut pas résumer une complexité sociologique en six personnes » relève Sophie Nordmann, jeune philosophe
franco-israélienne et co-scénariste. Mais, c’est
aussi sur la diversité de ce panel que repose l’un des
ressorts du dispositif. Tout le monde doit pouvoir s’exprimer,
insiste de son coté, le producteur.
Loin de leurs familles, hors de leur
environnement, les douze protagonistes auront la charge de
négocier, point par point, les conditions d’un accord de
paix, qu’ils remettront ensuite aux représentants de leurs
autorités respectives. Les jeunes seront encadrés, de
chaque coté, par "un parrain" : l’un israélien,
l’autre palestinien, tenus à l’écart de la
salle des débats. Leur mission : informer, conseiller,
dépassionner, orienter. En fonction de la thématique, et
de l’état des pourparlers, des interventions
extérieures pourraient ponctuer les épisodes de 26 mn.
Pour débloquer une situation ou encourager une démarche. «
Ça peut être Clinton, Moubarak ou Nelson Mandela,
j’ai pensé aussi à Jimmy Carter, à tous ceux
qui ont participé à des négociations » avance le producteur. De ce processus, rien ne devrait échapper
à l’œil du téléspectateur,
après montage. C’est la promesse pédagogique du
documentaire. assure-t-il.
Miser sur le dialogue et la cohabitation
Alors, au début, il y aura certainement de « l’hostilité » de la « rancune » et des « préjugés ».
Fatale évidence pointée par les porteurs du projet. Car
selon eux, ces jeunes ne se connaissent pas, et rares sont les
occasions pour eux de se fréquenter. Mais, tous les deux
préfèrent miser sur cette rencontre, sur les effets de la
cohabitation dans le mas à l’ombre des oliviers du
Vaucluse, et sur le pouvoir du dialogue. Avec beaucoup d’espoir
et une pointe d’angélisme. A travers cette « expérimentation scientifique », voire même « philosophique », Mohamed Ulad Mohand souhaite vérifier une chose : « est-ce que la paix est possible dans cette région entre les futures générations ? » s’interroge-t-il. « Ce sont eux, les héritiers de ce conflit » et leur progression, au fur et à mesure de la série, sera un indicateur non négligeable selon lui.
En janvier dernier, la Conférence mondiale des religions pour la
paix (CMRP) avait profité du cessez-le-feu pour réunir, à Paris, huit jeunes originaires de Jérusalem.
Tous impliqués dans des groupes de dialogue, déjà.
Mais, aujourd’hui, Méhrezia Labidi, organisatrice de cet
évènement, s’interroge sur «l’utilité de ses rencontres » dans le cadre de la situation israélo-palestinienne. Selon elle,
l’absence de volonté politique claire vers une
démarche de paix, compromet la portée de ces
consultations « aussi judicieuses soient-elles ». A propos de ce projet audiovisuel, Mehrézia opte pour la prudence : «
une rencontre télévisée, ça peut-être
porteur d’un message d’espoir, mais ça
peut-être trompeur ». Elle attend de voir.
Si l’histoire est connue, la fin, elle, ne l’est pas. Pas de « happy end » en perspective : «
On ne fera rien dans ce sens, même si on l’espère
secrètement, on ne fera rien pour les pousser à conclure
les accords. De toute façon c’est symbolique, ça ne
sert à rien de le faire artificiellement ». Une
conclusion ouverte, c’est une autre originalité de cette
série qui pourrait être diffusée sur France
Télévision.
(1) &(2) Tenter la paix devant les caméras, L’Orient Le Jour, Emilie Sueur, Saphirnews Article du /
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