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Mosquée : la grande illusion Marseille compte entre 150.000 et 200.000 musulmans,
pour une cinquantaine de salles de prière. En 2001, alors
qu’il vient d’être réélu aux
municipales, Jean-Claude Gaudin, souhaitant inscrire son second mandat
dans l’Histoire, annonce son intention de doter sa ville
d’un grand centre cultuel et culturel. « Je
vais tenir une promesse, celle d’offrir à la
communauté musulmane la possibilité de bâtir une
mosquée digne de ce nom. » Un comité de
pilotage est créé par le maire, chargé de
définir le projet et surtout de dégager un consensus
parmi les différents acteurs musulmans. La tendance est à
l’optimisme. La mairie propose un bail emphytéotique de 99
ans sur un terrain de 19 000 m2 situé dans les quartiers
nord : sur le site des anciens abattoirs de Saint-Louis. Mais
très vite, un obstacle de taille apparaît : la
division de la communauté musulmane. Différentes
tendances se disputent le leadership. La mosquée de la Capelette
est affiliée à la Mosquée de Paris. Son recteur,
Bachir Dahmani, est également président de la
fédération régionale des musulmans du sud de la
France (proche de l’Algérie). C’est aussi le
représentant musulman de l’association Marseille
Espérance. Autre groupe qui pèse dans le paysage musulman
marseillais : le Conseil des imams. Créée en 1999,
cette association regroupe un grand nombre d’imams
représentant diverses mosquées avec à sa
tête Mourad Zerfaoui. Egalement présent, le très
médiatique Soheib Bencheikh, nommé grand mufti de
Marseille par la Mosquée de Paris. Théologien
confirmé et homme de dialogue (auteur de Marianne et le
Prophète), il ne contrôle cependant aucun lieu de culte.
Si bien que ses adversaires l’ont surnommé le
« mufti sans mosquée » ou
« mufti de l’OM ». Là-dessus, vient
s’ajouter l’influence des fédérations
nationales, avec notamment la sulfureuse UOIF (Union des organisations
islamiques de France). A sa tête, Mohsen N’gasou
surenchérit en déposant un permis de construire pour un
centre islamique de 2 300 m2. Le terrain se situe à quelques
mètres du site prévu pour la grande mosquée. Face
à ce manque d’unanimité et à la
multiplication des projets issus des associations, la mairie fait
machine arrière et décide de privilégier un « islam de proximité » en restructurant les lieux de culte dans les quartiers. Ainsi la
mosquée de la Capelette est agrandie. La communauté
musulmane originaire d’Afrique et des Comores (70 000 Comoriens
et 7 000 Africains), bénéficie d’une salle
d’environ 400 places. Aujourd’hui, le projet de grande
mosquée n’est pas officiellement enterré mais il
est en sommeil profond. Même si, entre-temps, un consensus a vu
le jour, parmi une grande partie des acteurs agités de
l’islam de Marseille. Reste la question du financement. La
mairie, selon la loi 1905 de séparation de l’église
et de l’état qui soustrait les cultes du champ du service
public, ne peut financer les nouveaux lieux de culte. Elle encourage
donc la création d’une association dite loi 1905, seule
habilitée à bénéficier du bail
emphytéotique. A charge pour les musulmans de trouver
l’argent et de construire un projet « qui s’inscrit dans le paysage architectural de la ville », le tout de préférence avant les municipales de 2008,
également date d’élections pour les instances
représentatives de l’islam de PACA : le CRCM (Conseil
régional du culte musulman). Le pari semble difficile à
tenir d’autant que des recours peuvent voir le jour. En effet, le
Comité d’intérêt de quartier de la Calade et
certains habitants ne verraient pas d’un très bon
œil l’édification d’un tel projet. « L’affaire est entièrement entre les mains des musulmans »,
persiste à dire la mairie. Un discours récurent depuis...
1937 et la promesse du maire de l’époque, Henri Tasso,
d’édifier une grande mosquée, pour honorer les
soldats musulmans morts pour la France durant la Première guerre
mondiale.
Prière de patienter
Partout en Paca, de nombreux obstacles se dressent
devant les associations musulmanes qui souhaitent mener à bien
l’achat d’un terrain ou d’un bâtiment pour en
faire un lieu de culte. Dans les Alpes-Maritimes, la communauté
musulmane se chiffre à 120 000 membres pour seulement 37 lieux
de cultes. Des locaux souvent trop étroits et parfois
insalubres. A Nice par exemple, où l’on recense plus de 50
000 musulmans, il n’y a... aucune mosquée ! Jacques
Peyrat (UMP, ex FN) n’a jamais caché sa franche
hostilité pour tout projet de mosquée. De fait, la mairie
fait des préemptions sur tous les projets d’ordre cultuel.
Face à cette guérilla administrative, des associations se
mobilisent. Manifestations et pétitions se succèdent pour
sensibiliser l’opinion publique. L’association Moubarak et
le CRCM (Conseil régional du culte musulman) ont finalement
été reçus par Jacques Peyrat pour un entretien. A
l’issue duquel aucune avancée n’a été
constatée. Ce qui pousse le président du CRCM, Abderahman
Ghoul, à déclarer sur un ton fataliste : « Il
faut patienter encore un peu, car la proximité des
élections rend les discussions difficiles. » Article du /
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