Malika*, 30 ans, l’enseignante d’anglais du collège Abel-Didelet d’Estrées-Saint-Denis victime d’une double agression à caractère raciste a tenu à rompre le silence. Pour apporter son témoignage,mais aussi et surtout au nom de toutes les victimes du racisme ordinaire.
« Je sais que les préjugés existent, mais je ne m’attendais pas à un tel déchaînement de haine », glisse la jeune femme d’origine maghrébine d’une voix posée.
Mardi 26 mai, sa classe avait été mise à sac en son absence et une croix gammée et le sigle SS inscrits à la craie sur le tableau noir. « Quand on se permet ça, c’est clairement votre identité que l’on vise. Ce n’est plus seulement l’enseignante que l’on déteste, mais la personne », ajoute Malika. Une nouvelle étape a été franchie vendredi dernier, en plein cours, lorsque deux élèves de troisième déposent des tranches de saucisson sur son bureau. « Je n’ai jamais parlé de mon origine ni de ma religion. Pendant mes cours, je ne suis ni arabe ni musulmane,mais une enseignante avant tout. Ces élèves, qui sont une minorité, se sont simplement fondés sur mon nom à consonance arabe. C’est la triste illustration des préjugés qui existent dans les campagnes où certains n’ont pas l’habitude de la différence », assène la jeune femme, qui ne porte aucun signe distinctif pouvant laisser apparaître ses convictions. « Je ne mange pas de viande de porc,mais c’est tout. » Et de poursuivre : « Le racisme est malheureusement une réalité. Je suis loin d’être la seule, beaucoup d’élèves y sont confrontés au quotidien. Le plus grave c’est qu’il est presque devenu légitime et normal pour certains. »
Dépôt de plainte aujourd’hui
Mardi matin, en solidarité, les enseignants du collège ont observé un droit de retrait de deux heures. Les deux élèves ont été exclus temporairement huit jours en attendant la tenue d’un conseil de discipline. Alerté par la principale du collège, le procureur de la République de Compiègne, Eric Boussuge, a transmis le dossier aux gendarmes pour qu’ils ouvrent une enquête. Malika doit aller déposer plainte aujourd’hui. Hier, le recteur de l’académie d’Amiens, Anne Sancier-Chateau, a « condamné avec force les événements discriminatoires à caractère raciste survenus au collège ». L’enseignante, qui n’est pas encore titulaire, sait qu’elle changera d’établissement à la rentrée. « Je préférerais être affectée dans un établissement en ville », sourit-elle en guise de conclusion.
* Le prénom a été changé.