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Musulmans-juifs : cohabiter malgré le conflit 
Musulmans-juifs : cohabiter malgré le conflit

Mohamed Iboudaaten : « Si les uns font des erreurs, ça n'autorise pas les autres à faire pareil ». On l'a vu à travers plusieurs manifestations dans la rue
à Reims : le conflit de la bande de Gaza a des
répercussions en France. La communauté musulmane en a
logiquement une vision différente de celle de son homologue
juive.
COMMENT la communauté musulmane perçoit-elle le conflit israélo-palestinien ? Mohamed
Iboudaaten, président du conseil régional du culte
musulman (CRCM) de Champagne-Ardenne, qui fédère 48 lieux
de culte, répond à nos questions.
Comment ce conflit est-il perçu ici par la communauté musulmane ? « Je ne parle pas de conflit, mais de génocide, de
massacre de la population palestinienne ; et ceci n'intéresse
pas seulement les musulmans, mais plus largement les arabophones, qui
vivent la guerre en direct avec Al Jazira, la télévision
par satellite. Ils voient des images vraiment atroces, insoutenables.
Quand je regarde, je mets personnellement mes deux petites-filles
à l'écart : on voit des femmes et des enfants
réduits en bouillie ! Et le silence médiatique ajoute au
malaise. »
« Eviter de faire des amalgames » Vous trouvez que l'on ne parle pas suffisamment de cette guerre ? « On ne voit pas ailleurs les images d'Al Jazira. La
conséquence de ces images, et du silence des responsables, c'est
que la situation dans la communauté musulmane et arabophone est
tendue ; les gens se défoulent comme ils peuvent à
travers les manifestations, mais je crains que la soupape de cette
cocotte-minute ne saute, et qu'alors, on ne puisse plus contrôler
grand-chose ! Or il faut tout faire pour éviter d'importer le
conflit ici. »
Le CRCM a-t-il cherché à faire quelque chose dans ce but ? « Nous avons rencontré le préfet de région
jeudi dernier pour lui faire part de notre indignation. Il nous a
écoutés, même s'il a défendu la position du
gouvernement, ce qui est normal de sa part. Et puis, il y a eu des
messages échangés entre responsables musulmans, avec les
imams, pour tenter de calmer les gens. »
Des messages disant quoi par exemple ? « Des mises en garde pour éviter de faire des amalgames
entre juifs et Israéliens, entre juifs et sionistes ; et des
citations de versets (du Coran) rappelant que si les uns font des
erreurs - comme les Israéliens en ce moment -, cela n'autorise
pas les autres à faire pareil, sinon, quelle est la
différence entre eux dans l'erreur ? Enfin, ces messages
invitaient les gens à participer aux collectes d'argent et
à la mobilisation humanitaire. Je peux dire aussi que la
Mosquée de Paris avait envoyé un communiqué
demandant de faire des prières pour la réussite des
tentatives de notre président de la République de faire
quelque chose sur place. »
La pression n'est-elle pas retombée ces jours derniers avec les cessez-le-feu ? « La pression avait déjà été
atténuée par la résistance du Hamas devant
l'armée d'Israël, qui incarnait une forme d'espoir possible
; et elle est aussi bien retombée avec les cessez-le-feu, mais
la blessure est toujours là, et sera difficile à effacer.
»
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