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Tribune : Quand la démocraie devient une démocrature. La démocratie, le gouvernement par le peuple, dont on nous rebat les oreilles aujourd’hui, est apparue en Grèce Antique plusieurs siècles avant Jésus-Christ. Si elle a indéniablement constitué un progrès par rapport aux moeurs barbares et à l’absolutisme, elle n’est certainement pas la panacée qu’on voudrait nous faire ingurgiter de force. Ses sectateurs en usent notamment pour endormir le bon peuple, pour conspirer gentiment, pour éliminer toute opposition et pour tourmenter les minorités.
Comme disait le Professeur Muhammad Hamidullah1, l’humanité se subdivise grosso modo en trois catégories: deux minorités de gens foncièrement bons ou fondamentalement mauvais et une immense majorité d’individus influencés par les modes et les vicissitudes du milieu ambiant. Le nombre d’ignorants et d’inconscients étant infiniment plus élevé que celui des savants et des gens clairvoyants,2 il est évident qu’une application bête et méchante de la démocratie ne peut que livrer le patrimoine mondial à l’égoïsme et à la barbarie. Pour limiter les risques, des remparts ont d’ailleurs rapidement été érigés et on a suscité la démocratie représentative pour réfréner les ardeurs des masses populaires. Celles-ci se cantonnent donc désormais à élire des porte-paroles qui gèrent et légifèrent à leur place, et évitent soigneusement de les consulter sur les affaires qui les concernent parfois au plus haut point et surtout sur les questions délicates3 réputées trop graves pour être soumises à un suffrage universel hasardeux. Ces oligarchies se révèlent n’être en définitive que des dictatures déguisées qui ne concède à la « populace » qu’un seul et unique droit, celui de choisir librement ses dictateurs.
Par les constitutions et autres législations sur mesure, les démocrates se sont arrogés les pouvoirs les plus étendus, allant jusqu’à s'accorder l’immunité et l’absolution pour leurs frasques. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à se servir de leurs prérogatives pour contrarier, contraindre et trahir ceux-là même qui leur ont donné mandat4. Les dérives sont monnaie courante et les vocations désintéressées plus qu’exceptionnelles. Et que dire des institutions et autres artifices démocratiques dont ces escrocrates se sont dotés et qui ne sont que des faires valoir derrière lesquels ils se réfugient pieusement en fustigeant sans vergogne tous ceux qui s’aviseraient de les désavouer. Ils ne se privent pas de procéder aux réformes constitutionnelles, aux découpages électoraux ad hoc, aux contournements perfides des référendums5 et des avis du Conseil d'Etat6 qui n’ont pas leur faveur. Et quand les urnes et l’assentiment populaire leur font défaut, c’est sans scrupules qu’ils renient leur religion et en appellent au coup d’état7 en invoquant des « pas de démocratie pour les ennemis de la démocratie » aussi loufoques que le serait un « pas de paix pour les ennemis de la paix » dans la bouche d’un pacifiste. La dictature, dure ou douce, est le type de gouvernement le plus répandu dans le monde et on ne peut que déplorer les injustices et les restrictions qui peuvent en découler. Etonnamment, dans ces pays qualifiés de fascistes, il y a généralement plus respect des différences communautaires et des libertés religieuses des minorités que dans les pseudos démocraties. Cherchez l’horreur !
DYL
1 Eminent historien, chercheur et savant musulman (1909-2002), originaire du Hyderâbâd (Sultanat annexé par l’Inde en 1947). Dignitaire en exil, il résida cinquante ans en France en conservant volontairement un statut de réfugié. Il demeurera pour l’éternité l’auteur d’une considérable littérature islamique polyglotte, originale et influente, dont il fut le plus ardent praticien. 2 « Et si tu obéis à la plupart de ceux qui sont sur terre, ils t'égareront du sentier de Dieu : ils ne suivent que la conjecture, et ne font que supputer. » (Coran 6 :116). 3 Comme la peine de mort, les amnisties politiques, l’avortement, l’euthanasie, la participation aux conflits guerriers. 4 « Les promesses électorales n’engagent que ceux qui les écoutent » et « la démocratie s’arrête là où commence l’intérêt de l’Etat » selon Charles Pasqua, Député puis Sénateur des Hauts de Seine, ancien Ministre de l’Intérieur. 5 Le Peuple français ayant rejetée par référendum en 2005 le projet de Constitution Européenne qui lui était proposé, ce dernier a pourtant été adopté sous une autre forme mais quasiment en l’état en 2008 (dixit Valéry Giscard d’Estaing), l’Assemblée Nationale, le Sénat et le Parlement réuni en Congrès à Versailles ayant ratifié en catimini le traité de Lisbonne. 6 Quand, en juin 2009, le Conseil d’Etat a confirmé la validité d'un décret refusant l'acquisition de la nationalité française à une Marocaine musulmane à cause d’une « pratique radicale de la religion», on a trouvé la décision excellente mais quand, en mai 2010, il a déclaré qu’une loi d'interdiction totale du voile intégral n'aurait «aucun fondement juridique incontestable» on a trouvé son avis « contestable » et on lui a tiré dessus à boulets rouges. 7 Comme ce fut le cas en Algérie en décembre 1991 quand les « démoncrates » incitèrent l’armée à interrompre le processus électoral alors que le Front Islamique du Salut avait emporté haut la main les élections législatives (82% au premier tour). Article du 21/05/2010 / 15:05:13
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