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Vivre la religion musulmane en France Chanteurs, sportifs et, depuis peu, militants politiques,
ils sont de plus en plus nombreux à afficher leurs convictions
religieuses. Parmi eux, des convertis.
Le point commun
entre Franck Ribéry, footballeur, et Lionel Dumont, membre du
gang de Roubaix ? Tous deux ont prononcé la shahada, la
profession de foi musulmane. En France, on compterait de
50 000 à 60 000 convertis à
l’islam – les estimations varient selon les sources.
Et s’il est un domaine où les convertis sont
les plus médiatisés, c’est bien le football. Outre
Ribéry, des joueurs comme Nicolas Anelka, Éric Abidal,
Didier Domi, Philippe Christanval, et Julien Faubert font partie de
cette « équipe ». Citons également
des entraîneurs à la carrière africaine :
Philippe Troussier (Côte d’Ivoire, Nigeria, Burkina,
Afrique du Sud et Maroc) et Bruno Metsu (Guinée,
Sénégal).
Quête spirituelle
D’autres sportifs ont embrassé l’islam. À
l’instar du basketteur Tariq Abdul-Wahad (de son vrai nom Olivier
Saint-Jean), premier joueur français à avoir
intégré la NBA américaine, et auteur de cette
petite phrase : « Avant de représenter la
France, je représente ma religion. » Et puis il y a
les idéologues, comme Thomas Milcent, alias Dr Abdallah,
médecin strasbourgeois converti en 1980 et grand
défenseur du voile, ou encore le sulfureux philosophe Roger
Garaudy.
Tous les convertis ne se ressemblent pas. Il y a ceux, volontiers
prosélytes, qui portent leur foi en bandoulière.
D’autres, davantage tournés vers une quête
spirituelle et intellectuelle, ont rencontré l’islam via
le soufisme. Et luttent contre les archaïsmes. Éric
Younès Geoffroy, professeur à l’université
de Strasbourg, se situe dans la lignée de l’islamologue
Éva de Vitray-Meyerovitch, inhumée face au
mausolée du poète soufi Rûmi. L’ex-directeur
des éditions du Seuil, Michel Chodkiewicz, avait apporté
son soutien public à Christian Bourgois, éditeur des Versets sataniques de Salman Rushdie. Et puis il y a les chanteurs.
Il a suffi qu’elle apparaisse en pleine page du magazine Paris Match en octobre dernier, saisie à la sortie de la mosquée de
Gennevilliers, portant un voile ample et sombre, pour que toute la
presse française ne parle que de cela. Diam’s, rappeuse
« brut de femme » aux millions de disques
écoulés, se couvre la tête. Sa conversion date de
2003. L’intéressée, pourtant en pleine
« promo » pour son dernier album SOS, est
restée mutique sur la question. Sourcilleuse même, elle
n’a pas hésité à porter plainte contre
l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur, qui avait publié sa photo en une.
Deux mois plus tard, une autre jeune pousse de la chanson,
R’nB cette fois, Amel Bent, alimente ce buzz médiatique
avec une petite phrase. Elle souhaite plus tard porter le
voile : « un acte libérateur ».
Nombreux sont les rappeurs qui disent leur attachement à
l’islam : de Sinik à Médine, en passant par
le converti Akhenaton, du groupe IAM, le slameur Abd al Malik ou les
ex-bad boys Kery James et Rohff, du collectif Mafia K’1 Fry.
« J’ai appris cette religion honorable, auprès
de gens bons et fiables. Elle m’a rendu ma fierté,
m’a montré ce qu’était un homme et comment
affronter les démons qui nous talonnent », professe
Kery James en 2001 dans Si c’était à refaire, disque d’or avec plus de 100 000 exemplaires vendus.
Rédemption
Mais si l’Islam revendicatif et communautariste continue de
sévir dans le milieu du rap français, force est de
constater que les têtes d’affiche prônent, le plus
souvent, un islam ouvert. Portés par une authentique quête
spirituelle, ces hérauts de la foi, marqués par le
syndrome post-11 Septembre, combattent, envers et contre tout, les
amalgames. Le plus emblématique de ces artistes est sans nul
doute Akhenaton – alias Abd el-Hakim. Cet infatigable avocat de
la tolérance à Marseille vient une nouvelle fois de
prouver son sens de la formule : « Pour les
Français, un enfant d’immigré est bien
intégré s’il mange du porc et boit du vin. Pas
s’il a un travail, une famille, un logement, ou s’il
respecte les règles de la république. »
Pour beaucoup, l’islam a été synonyme de rédemption. D’origine congolaise, Abd al Malik a bâti sa légende sur ses convictions religieuses, lui qui
est passé du tabligh au soufisme. Il prône
désormais tolérance et valeurs républicaines. Il
s’est fendu d’un livre en 2004, Qu’Allah bénisse la France (éd.
Albin Michel). Chevalier des Arts et des Lettres, travaillant avec
l’égérie des sixties Juliette Greco, il est devenu
le chouchou – un tantinet politiquement correct –
d’un certain milieu intellectuel. Moins séduit,
assurément, par les flows du rap urbain. Une
réalité ainsi commentée par Sinik :
« En France, si tu es rappeur et musulman, ça ne
passe pas ! » Une sorte de double peine ?
Élu et musulman, « cela commence à
passer », mais candidate et voilée, cela
déclenche un maelström. « Féministe,
laïque et anticapitaliste », l’étudiante
d’Avignon Ilhem Moussaid serait restée inconnue si elle
n’apparaissait pas en foulard sur les affiches électorales
du NPA – le parti d’extrême gauche
d’Olivier Besancenot – pour les élections
régionales de mars prochain.
La jeune femme de 21 ans a invoqué un engagement personnel et
se prononce pour l’avortement et la contraception. Rien n’y
fait. La tempête médiatique oublie au passage de signaler
le keffieh que la demoiselle porte, signe d’un autre engagement,
politique celui-ci, en faveur des Palestiniens. Il
n’empêche, affronter voilée le suffrage universel au
pays de Marianne est tout sauf anodin. D’autres invoqueront le
souvenir de l’Abbé Pierre en soutane à
l’Assemblée nationale à la fin des années
1940…
Par : Faïza Ghozali Article du 24/02/2010 / 14:58:10
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