« Avant j'étais chauffagiste, raconte Mohammed Benhabib, créateur des pompes funèbres
musulmanes Dar el Dawâm, début 2007, à Roubaix. J'ai vu beaucoup de vieux musulmans mourir seuls. » Lui qui avait toujours voulu « ouvrir un service aux musulmans »,
comme le raconte sa fille Itissemme, a donc décidé
d'accompagner les musulmans au moment de leur mort. L'offre se veut
adaptée à la clientèle, souvent des
immigrés de la première génération.
« Nous voulons leur offrir un service qualitatif à moindre coût, souligne Itissemme. La première génération n'a pas beaucoup de moyens. Ce sont à 90 % des ouvriers. »
Mais pas question pour Dar el Dawâm de dévoiler ses
tarifs, la concurrence est rude. De toute façon, ce ne sont pas
seulement les prix que l'on vient chercher chez Dar el Dawâm.
« C'est important de pouvoir être enterré
dignement dans sa religion. On parle aussi la même langue qu'eux.
Les anciens, souvent, ne parlent pas français »,
souligne Mohammed Benhabib. Ce dernier parle plusieurs dialectes en
plus de l'arabe littéraire. Il a aussi une formation d'imam et
connaît le Coran par coeur.
Les obsèques, elles, se déroulent selon le rite musulman. « La différence avec les autres pompes funèbres, c'est que tout est fait selon les rites de l'islam. »
Mohammed Benhabib donne les derniers sacrements au mourant et dit les
prières. Puis, c'est le rituel de la toilette. Le corps est
ensuite mis dans un linceul. Il n'y a pas d'embaumement.
Dar el Dawâm est une entreprise familiale : Mohammed est
associé avec son épouse, et quatre de ses filles donnent
un coup de main si besoin. Des bénévoles de la
mosquée aident également lors des obsèques.
« En échange, on fait un don à la mosquée. » L'islam interdit la crémation du corps.
L'inhumation est donc la seule possibilité. Elle peut avoir lieu en France ou à l'étranger. « C'est
selon la volonté du défunt. Certains veulent être
enterrés dans leur ville natale, en Algérie, au Maroc, au
Togo... Nous travaillons avec tous les pays musulmans. Pour le
transport funéraire, nous avons des partenariats avec des
agences de voyage. Aujour-d'hui, on est à environ 60 %
d'enterrements au pays et 40 % en France. Ici, dans les
cimetières, ce sont des concessions. Et au bout de quinze ans,
si on ne paie pas, le corps va à la fosse commune. En
Algérie, par exemple, quand on est enterré dans le
carré familial, c'est pour toujours. C'est important pour
certains. » Dar el Dawâm procède aussi
à des exhumations en vue d'une réinhumation au pays, une
procédure encadrée très strictement par la loi
française.
Accompagner les familles
La famille Benhabib souligne également l'importance de l'accompagnement de la famille des défunts. « Ce
n'est pas du bétail, ce ne sont pas des vaches à lait.
À la mort des parents, les jeunes de la deuxième
génération ont souvent beaucoup de questions. On leur
propose par exemple un formulaire de toutes les démarches
à faire après le décès de la personne.
Là aussi, c'est bien de parler la même langue. On peut
également leur dire des versets du Coran. Nous avons
également des contacts avec des assistantes sociales. Si une
famille a besoin, on peut l'orienter. On a une bonne équipe
autour de nous. » L'entreprise Dar el Dawâm a
des clients de toute la métropole lilloise - où elle a un
concurrent, à Lille - mais aussi de toute la France. Les pompes
funèbres musulmanes sont encore rares. « Moralement, il faut tenir, concède Itissemme. C'est lourd. Mais ça nous renforce, ça nous rend plus humain. » •