Le campement de Calais, démantelé malgré l'opposition des associations
Comme promis par le ministre de
l'Immigration Eric Besson, la "jungle", principal campement de
clandestins près de Calais, a été
démantelée mardi matin en à peine deux heures,
malgré la résistance de militants associatifs et les
critiques de la gauche.
Quelque 500 policiers ont fait
évacuer le camp, faisant usage de la force pour
neutraliser des militants altermondialistes de No Border qui tentaient
de s'interposer. M. Besson, en déplacement à Calais,
s'est félicité de l'opération en annonçant
qu'il y en aurait d'autres. Tout "s'est déroulé comme
prévu", a-t-il dit, remerciant les CRS pour avoir agi "avec
délicatesse".
Il a annoncé que 276
étrangers en situation irrégulière avaient
été arrêtés, dont 135 "se déclarant
mineurs isolés". Le principal campement sauvage du nord de la
France s'était constitué après la fermeture du
centre de la Croix Rouge de Sangatte en 2002. Il abritait de jeunes
Afghans fuyant la guerre dans l'espoir d'une vie meilleure en
Grande-Bretagne, où ils s'efforcent de passer clandestinement.
D'ordinaire surpeuplés, les
gourbis faits de bâches, de tôles et de planches de bois
qui parsèment une vaste friche sablonneuse située dans
une zone industrielle du nord-ouest de Calais, avaient pour beaucoup
été abandonnés avant même l'intervention
annoncée il y a près d'une semaine.
Les derniers migrants attendaient les
forces de l'ordre, rassemblés derrière des banderoles
rédigées en anglais et en pachtoun. "Nous avons besoin
d'un abri et de protection. Nous voulons l'asile et la paix. La jungle
est notre maison", proclamait l'une d'elles.
A l'arrivée des premiers
policiers, des Afghans ont procédé à de rapides
ablutions à l'entrée du camp, avant de lancer des "Inch
Allah". Certains ont décidé de fuir au dernier moment,
juste avant l'encerclement.
Les 276 étrangers
interpellés "ont été conduits dans six locaux de
la région de Calais où ils vont être entendus pour
des auditions individuelles. Les majeurs refusant toutes nos
propositions seront ensuite placés en centres de
rétention", a indiqué M. Besson. "Les mineurs
isolés sont en ce moment en cours de placement dans cinq centres
d'hébergement spécialisés", a-t-il ajouté.
Il a précisé que 80
militants altermondialistes se revendiquant de "No Border" avaient
"dû être écartés et l'un d'entre eux a
été interpellé". L'opération a
été saluée par Londres, qui s'est
félicité des "mesures promptes et fermes" du gouvernement
français.
Elle a été fermement
critiquée par les associations d'aide aux migrants qui y voient
"une fausse solution, qui aggrave la situation". Ces dernières
ont d'ailleurs lancé un appel à manifester mardi soir
dans un centre commercial de Calais en participant à "un cercle
de silence". "On ne peut pas faire la guerre en Afghanistan et traiter
ici les Afghans avec si peu de dignité", a déclaré
Jean-Claude Lenoir, responsable de l'association Salam.
La première secrétaire du
PS Martine Aubry a dénoncé un "acte totalement inhumain
qui ne règlera pas le problème". Le Parti de gauche et le
PCF ont critiqué respectivement "un spectacle cruel et
obscène" et "une opération
médiatico-policière".
Une deuxième phase de
l'opération a commencé juste après la fin de
l'évacuation, en milieu de matinée, avec le
déblaiement à l'aide de tronçonneuses et
bulldozers de toutes les installations de fortune où ont
vécu jusqu'à 800 migrants à la fois. AFP