Hier
matin, les employés municipaux ont nettoyé et repeint les
murs et les portes tagués de la mosquée de
Laubadère. C'est la première fois que l'édifice
religieux est la cible de tels agissements. Photo Laurent Dard
La
communauté musulmane de Tarbes est sous le choc. Dans la nuit de
mercredi à jeudi, avant 3 heures du matin, un ou plusieurs
individus ont tagué de propos racistes et de symboles du
judaïsme 2 murs et 3 portes de la mosquée du quartier de
Laubadère. à la bombe de peinture noire et en gros
caractères, il a été écrit sur ces murs :
« les ratons de mort et la sale race dehors ». Sur l'une
des portes a été dessinée une étoile de
David et écrit Iraël (le S a été
oublié). Sur une autre, une autre étoile de David et une
ménorah, ce chandelier à 7 branches qui témoigne,
pour les juifs, de la relation permanente et réciproque qu'ils
ont avec leur Dieu.
Sur la troisième porte, une étoile de David, encore,
accompagnée d'un terrible propos : « ratons dehors ».
Dès qu'elle a eu connaissance de ces tags, la police s'est
rendue sur place. Elle les a photographiés et les techniciens
scientifiques se sont attachés à relever
d'éventuelles empreintes sur les endroits souillés. Ils
ont également prélevé un peu de peinture pour en
déterminer l'origine. Selon les premières constatations,
il semblerait que les dessins et propos aient été
écrits par la même main.
Hier, vers 9 h 30, des employés de la ville sont venus recouvrir de peinture blanche les inscriptions et symboles.
« Je ne sais pas qui peut avoir fait une chose pareille ?
», s'indigne Ali El Yahyaoui, le vice-président de
l'association La Mosquée culturelle des Marocains des
Hautes-Pyrénées, structure qui a créé et
gère ce lieu de culte. Pour lui : « C'est peut-être
l'acte d'une personne qui a bu et n'a rien à faire d'autres, ou
d'un raciste qui chercherait à monter la communauté
musulmane contre la communauté juive ? ». Il
précise que « c'est la première fois depuis 1993,
année de création de la mosquée, qu'un tel acte
est perpétré ». L'association, qui a porté
plainte, n'exclut pas, si cela « s'avère nécessaire
», de doter le bâtiment de caméras de surveillance.
Pour l'heure, l'enquête se poursuit.
Réactions unanimes de condamnation de ces actes
L'Association cultuelle israélite de Tarbes et des
Hautes-Pyrénées « déplore et condamne ces
actes avec la plus grande fermeté. Tous les lieux de culte
doivent être respectés, quelle que soit la religion
».
Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes,
« condamne fermement ces actes. Jusqu'à présent, ce
type de manifestations était rare dans notre région qui
était relativement protégée. C'est un très
mauvais signe, tant sur le plan religieux que sur le plan social. Il
est particulièrement pervers et extrêmement dangereux de
mélanger des éléments ethniques et des
éléments religieux. Cela peut radicaliser des
oppositions. Rajouter une provocation religieuse est totalement absurde
».
Le maire de Tarbes, Gérard Trémège, est «
scandalisé que des personnes en arrivent à de tels
agissements. C'est un manque de tolérance et d'irrespect
intolérables, affirme-t-il. Je tiens à dire à mes
amis de la mosquée que je suis près d'eux dans ces
circonstances difficiles. Quant au contenu des inscriptions, les
auteurs ont cherché l'amalgame. Cela n'a évidemment rien
à voir avec la réalité ». Au passage,
Gérard Trémège regrette « la recrudescence
d'agressions, d'incivilités et d'atteintes aux biens qui ont
lieu dans le quartier en ce moment. Je ne sais pas si l'installation de
caméras de surveillance pourra avoir un impact. En attendant, je
souhaite que les forces de police soient plus présentes ».
Au delà, le maire s'insurge contre « les saccages qui
visent les chantiers » en cours sur le quartier : reconstruction
de petits ensembles dans le cadre de l'ORU et de l'aménagement
du nouvel espace vert. « Le Grand Tarbes, la mairie de Tarbes et
le groupement d'entreprises vont mettre en place un système de
surveillance nocturne avec des agents de sécurité et des
chiens. Mais c'est quand même malheureux d'en arriver là
», déplore l'élu.
Recueilli par Ar. Paul.