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Toulouse : Alif, dernier-né des établissements musulmans
Après Marseille
et Montigny-les-Bretonneux (78), Alif, qui ouvrira finalement ses
portes à l’issue du mois du Ramadan 2009, est devenu le
septième établissement secondaire musulman de France. Non
sans difficultés, en partie dues à l’attitude
réfractaire du rectorat de Toulouse. Abdelfattah Rahhaoui, le
directeur de l’établissement, raconte le difficile
parcours du projet pour Saphirnews.
Le nouveau collège Alif de Toulouse vu de la cour extérieure.
Une première à Toulouse et sa région. Après
des années d’attente, la quatrième commune de
France se dote de son premier collège musulman privé.
Alif, du nom de l’association porteuse du projet, va
officiellement démarrer sa rentrée des classes
après l’Aïd el-Fitr «
avec une quarantaine d’élèves de la 6e à la
3e et une vingtaine de professeurs rémunérés
grâce aux dons de la communauté musulmane », assure Abdelfattah Rahhaoui, le directeur de l’établissement.
Les locaux, qui appartiennent désormais à
l’association, se situent dans le quartier populaire du Mirail,
non loin de l’université Toulouse II - Le Mirail. Pour
faire d’Alif un collège digne de ce nom, les
élèves et les professeurs disposent «
d’une salle informatique tout équipée, de quatre
salles de cours, de plusieurs bureaux administratifs et
pédagogiques et d'un grand gymnase de 150 m² », qui fait office « de salle de prière et occasionnellement de cours de récréation », décrit fièrement M. Rahhaoui.
L’autorisation d’ouverture de l’établissement
n’a été obtenue que le 3 août dernier et,
pourtant, les projets se bousculent dans la tête du directeur,
âgé de 36 ans. «
Il est prévu de faire des extensions dans le but d’ouvrir
une école primaire l’an prochain et un lycée dans
les années à venir » afin de faire de cet
établissement un groupe scolaire à l’image
d’Al-Kindi, en région lyonnaise. Mais c’est au prix de gros
efforts et d’une détermination sans faille qu’Alif
est parvenu à ce résultat.
Une école musulmane, une nécessité pour la communauté
Toulouse compte plusieurs milliers de musulmans. Dès la
création de l’association en mars 2004, lors du vote de la
loi contre le port du voile à l’école, nombreux
sont ceux qui ont eu pour vocation d’ouvrir un
établissement privé. «
Le travail a commencé en 2003 bien avant que la loi ne soit
votée. La création d'Alif, à ce moment
précis, n’a pas été faite de façon
volontairement liée à la promulgation de la loi,
même si le problème de l’exclusion des filles
voilées nous a encouragés à conduire ce projet
», explique M. Rahhaoui.
Cependant, à cette époque, les locaux étaient « dans un état lugubre » et leurs mises aux normes exigeaient de « gros moyens financiers et matériels que l’association n’avait pas ».
Cette dernière décide alors de faire de
l’accompagnement et du soutien scolaire à destination des
jeunes. «
En septembre 2004, on a fait une première rentrée avec 24
élèves inscrits majoritairement au CNED (cours par correspondance, ndlr) et tous inscrit en milieu familial », qui laisse aux familles le choix pour leurs enfants de suivre un cursus scolaire en dehors des établissements. «
Les familles envoyaient simplement une déclaration à
l’inspection d’académie puis pouvaient
déléguer l’enseignement aux structures
compétentes qu’elles souhaitaient, entre autres nous
», poursuit-il.
Un bras de fer administratif avec le rectorat
Avril 2008. Rien ne va plus entre Alif et le rectorat de Toulouse, qui
accuse l’association d’ouverture illégale d’un
établissement privé sans s’être
déclaré au préalable.
Vue intérieure du collège Alif (maquette).
Le recteur met en demeure l’association et dépose une
plainte contre le gérant et M. Rahhaoui. Une bataille juridique
est engagée. « Nous n’étions encore qu’une association qui faisait de l’accompagnement », se défend-il.
Fin avril 2009, malgré la plainte en cours, Alif se
décide à déclarer l’ouverture du
collège. «
Le rectorat a tout fait pour gagner du temps. Après de nombreux
refus, on nous a imposé d’ouvrir
l’établissement en un mois, ce qui est difficilement
faisable », lâche le directeur.
Le tribunal le condamne, en juin dernier, à 800 €
d’amende mais n’ordonne pas la fermeture d’Alif.
Selon M. Rahhaoui, «
ce n’est que lorsque les médias se sont emparés de
l’affaire que le rectorat a baissé les bras, en nous
autorisant l’ouverture du collège. »
Alif et les autres, une autre voie pour l’enseignement
Les responsables associatifs sont maintenant soulagés. Comme
pour les autres établissements privés, le programme de
l’Éducation nationale sera scrupuleusement suivi et ses
cours de religion seront optionnels, ce qui laissera la
possibilité aux non-musulmans de s’inscrire – un
l’a déjà fait.
Outre le cadre islamique, «
les parents cherchent la sécurité. Les écoles
poubelles ne manquent pas dans le coin. Par exemple, une jeune fille a
été poignardée au collège voisin. Un des
surveillants m’a récemment expliqué que certaines
personnes vendent de la drogue. En ZEP, le niveau scolaire est
très bas. En France, il existe l’école à
deux vitesses : une pour les élites, l’autre pour la masse
», fait savoir le directeur, qui se penche sur ces problématiques pour tenter d'exceller dans les enseignements.
L’avenir semble sourire à Alif, qui devra attendre cinq
ans avant d’obtenir le contrat d’association avec
l’État. Pour preuve, les frais de
scolarité s’élèvent aujourd’hui
à 90 € par mois et par élève contre 150
€ l’an dernier grâce aux dons réguliers qui ne
font qu’augmenter. Un succès qui invite les autres
porteurs de projets à ne pas lâcher prise face aux tracas
administratifs. «
Il est juste nécessaire de se tenir au courant des
difficultés surmontées par les établissements
privés existants pour éviter de commettre les mêmes
erreurs », conseille le directeur d'Alif, fort de son expérience.
Hanan Ben Rhouma
Saphirnews.com
Article du /
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