Vendredi,
jour de prière à la mosquée Essalam. 13 heures, le
parking de la cour intérieur est saturé. Des enfilades de
voitures débordant le long de l'avenue Marcel-Dassault attestent
de l'assiduité des fidèles. Beaucoup résident
à Mérignac ou travaillent dans la zone industrielle du
Phare. Mais pas seulement. Le rayon d'influence du nouveau lieu de
culte gagne l'ensemble de la rive gauche de l'agglo.
Tandis que les femmes prennent place dans la salle
de prière de l'ancienne bâtisse, les hommes montent au
premier étage de la mosquée, encore en chantier. De
larges tapis colorés recouvrent le sol en béton. Dans une
salle voisine, une poche remplie de feuilles de menthe embaume les
lieux, et des plats de couscous refroidissent sur une table.
Pas de minaret
Hassan Belmajdoub s'apprête à
prononcer son prêche. Président de l'Association des
musulmans de Mérignac, il dirige la prière en commun, en
attendant que soit désigné un imam. Au four et au moulin,
il endosse aussi le rôle de maître d'oeuvre dans le cadre
de ce projet.
Entamée en septembre 2007, la construction
de la mosquée avance lentement mais sûrement. Le gros
oeuvre est aujourd'hui achevé. Hors d'eau et hors d'air, elle
s'élève sur trois niveaux. Depuis la route, sa haute
façade rose nacrée passe difficilement inaperçue.
Massive et cloutée, la porte d'entrée, en cèdre de
l'Atlas, est surmontée de panneaux de bois ouvragés
mêlés de verre. Détail important, les plans du
permis de construire ne prévoient pas l'édification d'un
minaret. Sanitaires, cuisine, local technique et bibliothèque
investiront le rez-de-chaussée. La salle de prière des
hommes prendra place au premier étage. Au second, une mezzanine
sera dévolue aux femmes. Un système de vidéo
projection leur permettra de suivre l'évolution des
prières en temps réel, tout en respectant la règle
de séparation physique.
Les travaux à venir concernent les
peintures, le carrelage, la faïence, et la moquette. « On
souhaitait sa mise en service pour le prochain ramadan, mais on ne sera
pas prêt. D'autant plus qu'une commission de
sécurité doit donner au préalable son feu vert.
» Les fidèles devront donc patienter quelques mois de
plus.
Le chantier repose exclusivement sur le
bénévolat des fidèles. Ce qui peut expliquer sa
relative lenteur. « Notre projet est estimé à 1,5
million d'euros. Mais il faut être clair, nous n'avons pas ce
budget en notre possession. Pour l'instant, l'achat des
matériaux nous a coûté à 300000 euros.
»
Assurant la maîtrise d'ouvrage, l'Association
des musulmans de Mérignac avoue n'encaisser aucune contribution
extérieure. « Heureusement, tous les corps de
métiers sont à nos côtés. Mon rôle est
de coordonner les interventions des uns et des autres. Pour l'instant,
cela marche bien », détaille Hassan Belmajdoub.
Financer les factures d'eau
Slimane, 57 ans, fréquente la mosquée
tous les vendredis. Agent de sécurité, il fait
régulièrement des dons.
Il prétend avoir déboursé
5000 euros depuis le démarrage de l'aventure. « Je me suis
aussi engagé à régler les factures d'eau de la
mosquée jusqu'à ma mort », sourit-il, ajoutant
qu'il s'est entendu avec sa descendance pour qu'elle prenne la
relève à sa suite. Othman, son fils de 16 ans, prie
à la mosquée lorsque son emploi du temps le lui permet.
C'est-à-dire pendant les vacances scolaires.
« Je ne pratique pas totalement, je manque
encore de maturité. Je m'y mettrai progressivement, en
grandissant », dit-il.
Sofia, 16 ans, Pessacaise, prend des cours d'arabe depuis quatre ans à Mérignac.
Elle attend avec impatience la mise en place d'une action d'accompagnement prévue en direction des jeunes.
Une seconde tranche
En effet, dès l'achèvement de la
mosquée, une seconde tranche sera activée, qui se
traduira par la construction d'une extension de taille identique. Des
places de stationnement couvertes occuperont l'espace du
rez-de-chaussée. Quant aux niveaux supérieurs, ils
abriteront des salles dédiées au soutien scolaire,
à l'apprentissage de la religion et de la langue arabe.
Autonome sur le plan financier, l'association
mérignacaise entend mener sa barque hors de toute
obédience. « Nous entretenons de bonnes relations avec
tout le monde, en particulier avec l'imam de Bordeaux qui est un ami.
Pour autant, chacun travaille de son côté. »
Dans ses prêches, Hassan Belmajdoub affirme
faire abstraction des courants. « Je prône un islam
respectueux de la République française. C'est celui que
j'ai appris de mes parents. Je souhaite qu'on puisse pratiquer notre
culte dignement, sans gêner qui que ce soit, dans le respect d'un
cadre laïque. »
Conscient des peurs que peut susciter
l'édification d'une mosquée, Hassan Belmajdoub n'a pas
oublié le vent de critiques soulevé il y a quelques mois
sur internet. « Contrairement à ce qu'on a pu
prétendre, notre but n'est pas d'islamiser Mérignac. Au
contraire, on souhaite ouvrir nos portes aux autres confessions et aux
non-musulmans. Mon rêve est que cette mosquée devienne un
jour un élément patrimonial de la ville. »
Pour l'instant, les principaux lieux de culte sur
l'agglo sont : la mosquée El-Huda, logée depuis plus de
vingt ans rue Jules-Guesde à Saint-Michel ; la mosquée de
Cenon, ouverte en 2004 ; une salle de prière à plein
temps à Bègles, au square Suhl.
Deux autres mosquées, plus petites, sont
implantées à Bordeaux, rue des Menuts (mosquée
dite « des Algériens) et rue de la Halle pour la
communauté turque, qui dispose également d'un lieu de
culte à Latresne.
Des salles de prière sont ponctuellement mises à disposition.
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À la Benauge, un projet au long cours
À part quelques voix discordantes
à l'extrême droite, à peu près tout le monde
s'entend sur la nécessité de construire à
Bordeaux, une mosquée aux dimensions de la communauté
musulmane, dont, pour l'instant, la plupart des fidèles se
pressent chaque vendredi dans la petite mosquée de Saint-Michel,
saturée.
Reste que la mise en oeuvre de ce projet, en
gestation depuis cinq ans, est complexe. Complexe sur le plan financier
: les collectivités peuvent aider mais pas trop, tenues qu'elles
sont par la loi sur la séparation église-État. Or,
les musulmans de France n'ont pas forcément les moyens de
financer sur leurs seules ressources un tel équipement...
Complexe sur le plan juridique : des recours ont été
déposés dans d'autres villes contre des projets
similaires, toujours propices aux controverses. Et complexe sur le plan
politique : la mosquée sera gérée par l'AMG,
Association des musulmans de Gironde, rattachée à la
fédération musulmane UOIF. Le poids de chaque
fédération au sein du Conseil français du culte
musulman dépend de la superficie des lieux de culte qu'elle
gère : cette grande mosquée consacrera la
suprématie de l'UOIF en Gironde, ce qui peut crisper d'autres
fédérations.
Voilà pour le contexte. Concrètement,
où en est-on ? Une nouvelle réunion de travail a eu lieu
à la mairie jeudi dernier. Alain de Bouteiller,
secrétaire général de la Ville, Laurent
Lemaître, directeur de l'urbanisme, l'imam Tareq Oubrou, Jawad
Rhaouti, président de l'AMG, ont fait le point. Première
avancée concrète : la mairie est désormais
propriétaire du terrain voué à accueillir la
mosquée, près du lycée Tregey, à la
Benauge. Cette parcelle de 10 000 m2 lui a été
cédée en début d'année par Réseau
Ferré de France. La mairie pourrait à son tour
céder tout ou partie de ce terrain, dont la valeur
estimée oscille entre 700 000 et un million d'euros, à
l'association des musulmans de Gironde. Cette cession prendrait la
forme d'un bail emphytéotique, formule autorisant un loyer
modique en contrepartie de l'aménagement du site.
S'agissant de l'édifice, l'AMG planche avec
des architectes sur une « première phase »
centrée sur la construction, sur un peu plus de 2000m2, d'une
salle de prière et de quelques salles de conférences - ce
volet culturel pouvant justifier quelques subventions interdites pour
toute activité strictement cultuelle. « Il n'y aura pas de
minaret, a rappelé vendredi l'imam Oubrou. Nous devons inventer
une architecture du sacré pensée dans la culture
occidentale. Le minaret ne relève pas d'une architecture
canonisée, il est inutile de se crisper sur quelque chose qui
n'est pas important. Le bâtiment sera adapté à la
société française, comme l'est notre islam.
»
La réalisation de cette première
phase, encore à l'étude, réclamerait un
investissement évalué à cinq millions d'euros.
L'AMG est en train d'élaborer un plan de financement. «
Nous allons solliciter les aides des collectivités et de
l'Europe, les dons, et nous rapprocher de la Fondation des Oeuvres de
l'islam de France, créée par le ministère de
l'Intérieur en 2005 » précise Tareq Oubrou.
J. ROUSSET
Le permis de construire comprend la création
d'un parking de 45 places. Celui-ci verra le jour au
rez-de-chaussée d'un second bâtiment qui jouxtera à
terme la mosquée. En attendant, les fidèles occuperont la
cour intérieure. Cependant, compte tenu de la
fréquentation du site, sa capacité devrait
s'avérer rapidement insuffisante. « Nous
réfléchissons à l'achat d'un terrain en bordure du
nôtre pour augmenter le nombre de places », indique Hassan
Belmajdoub. D'autre part, des discussions s'engageront à la
rentrée avec la mairie afin de créer un
tourne-à-gauche sur l'avenue Marcel-Dassault, à hauteur
de l'entrée de la propriété.