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Salat Janaza

 

 


Une nouvelle ère pour les mosquées

MÉRIGNAC. La construction de la mosquée Essalam sera achevée avant la fin de l'année

Une nouvelle ère pour les mosquées

 
La salle du premier étage accueille déjà les hommes, pour la prière du vendredi. (Photos Philippe Taris)
La salle du premier étage accueille déjà les hommes, pour la prière du vendredi. (Photos Philippe Taris)
La salle du premier étage accueille déjà les hommes, pour la prière du vendredi. (Photos Philippe Taris)
La salle du premier étage accueille déjà les hommes, pour la prière du vendredi. (Photos Philippe Taris)
La salle du premier étage accueille déjà les hommes, pour la prière du vendredi. (Photos Philippe Taris)
La salle du premier étage accueille déjà les hommes, pour la prière du vendredi. (Photos Philippe Taris)

Vendredi, jour de prière à la mosquée Essalam. 13 heures, le parking de la cour intérieur est saturé. Des enfilades de voitures débordant le long de l'avenue Marcel-Dassault attestent de l'assiduité des fidèles. Beaucoup résident à Mérignac ou travaillent dans la zone industrielle du Phare. Mais pas seulement. Le rayon d'influence du nouveau lieu de culte gagne l'ensemble de la rive gauche de l'agglo.

Tandis que les femmes prennent place dans la salle de prière de l'ancienne bâtisse, les hommes montent au premier étage de la mosquée, encore en chantier. De larges tapis colorés recouvrent le sol en béton. Dans une salle voisine, une poche remplie de feuilles de menthe embaume les lieux, et des plats de couscous refroidissent sur une table.

Pas de minaret

Hassan Belmajdoub s'apprête à prononcer son prêche. Président de l'Association des musulmans de Mérignac, il dirige la prière en commun, en attendant que soit désigné un imam. Au four et au moulin, il endosse aussi le rôle de maître d'oeuvre dans le cadre de ce projet.

Entamée en septembre 2007, la construction de la mosquée avance lentement mais sûrement. Le gros oeuvre est aujourd'hui achevé. Hors d'eau et hors d'air, elle s'élève sur trois niveaux. Depuis la route, sa haute façade rose nacrée passe difficilement inaperçue. Massive et cloutée, la porte d'entrée, en cèdre de l'Atlas, est surmontée de panneaux de bois ouvragés mêlés de verre. Détail important, les plans du permis de construire ne prévoient pas l'édification d'un minaret. Sanitaires, cuisine, local technique et bibliothèque investiront le rez-de-chaussée. La salle de prière des hommes prendra place au premier étage. Au second, une mezzanine sera dévolue aux femmes. Un système de vidéo projection leur permettra de suivre l'évolution des prières en temps réel, tout en respectant la règle de séparation physique.

Les travaux à venir concernent les peintures, le carrelage, la faïence, et la moquette. « On souhaitait sa mise en service pour le prochain ramadan, mais on ne sera pas prêt. D'autant plus qu'une commission de sécurité doit donner au préalable son feu vert. » Les fidèles devront donc patienter quelques mois de plus.

Le chantier repose exclusivement sur le bénévolat des fidèles. Ce qui peut expliquer sa relative lenteur. « Notre projet est estimé à 1,5 million d'euros. Mais il faut être clair, nous n'avons pas ce budget en notre possession. Pour l'instant, l'achat des matériaux nous a coûté à 300000 euros. »

Assurant la maîtrise d'ouvrage, l'Association des musulmans de Mérignac avoue n'encaisser aucune contribution extérieure. « Heureusement, tous les corps de métiers sont à nos côtés. Mon rôle est de coordonner les interventions des uns et des autres. Pour l'instant, cela marche bien », détaille Hassan Belmajdoub.

Financer les factures d'eau

Slimane, 57 ans, fréquente la mosquée tous les vendredis. Agent de sécurité, il fait régulièrement des dons.

Il prétend avoir déboursé 5000 euros depuis le démarrage de l'aventure. « Je me suis aussi engagé à régler les factures d'eau de la mosquée jusqu'à ma mort », sourit-il, ajoutant qu'il s'est entendu avec sa descendance pour qu'elle prenne la relève à sa suite. Othman, son fils de 16 ans, prie à la mosquée lorsque son emploi du temps le lui permet. C'est-à-dire pendant les vacances scolaires.

« Je ne pratique pas totalement, je manque encore de maturité. Je m'y mettrai progressivement, en grandissant », dit-il.

Sofia, 16 ans, Pessacaise, prend des cours d'arabe depuis quatre ans à Mérignac.

Elle attend avec impatience la mise en place d'une action d'accompagnement prévue en direction des jeunes.

Une seconde tranche

En effet, dès l'achèvement de la mosquée, une seconde tranche sera activée, qui se traduira par la construction d'une extension de taille identique. Des places de stationnement couvertes occuperont l'espace du rez-de-chaussée. Quant aux niveaux supérieurs, ils abriteront des salles dédiées au soutien scolaire, à l'apprentissage de la religion et de la langue arabe.

Autonome sur le plan financier, l'association mérignacaise entend mener sa barque hors de toute obédience. « Nous entretenons de bonnes relations avec tout le monde, en particulier avec l'imam de Bordeaux qui est un ami. Pour autant, chacun travaille de son côté. »

Dans ses prêches, Hassan Belmajdoub affirme faire abstraction des courants. « Je prône un islam respectueux de la République française. C'est celui que j'ai appris de mes parents. Je souhaite qu'on puisse pratiquer notre culte dignement, sans gêner qui que ce soit, dans le respect d'un cadre laïque. »

Conscient des peurs que peut susciter l'édification d'une mosquée, Hassan Belmajdoub n'a pas oublié le vent de critiques soulevé il y a quelques mois sur internet. « Contrairement à ce qu'on a pu prétendre, notre but n'est pas d'islamiser Mérignac. Au contraire, on souhaite ouvrir nos portes aux autres confessions et aux non-musulmans. Mon rêve est que cette mosquée devienne un jour un élément patrimonial de la ville. »

Pour l'instant, les principaux lieux de culte sur l'agglo sont : la mosquée El-Huda, logée depuis plus de vingt ans rue Jules-Guesde à Saint-Michel ; la mosquée de Cenon, ouverte en 2004 ; une salle de prière à plein temps à Bègles, au square Suhl.

Deux autres mosquées, plus petites, sont implantées à Bordeaux, rue des Menuts (mosquée dite « des Algériens) et rue de la Halle pour la communauté turque, qui dispose également d'un lieu de culte à Latresne.

Des salles de prière sont ponctuellement mises à disposition.

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À la Benauge, un projet au long cours

À part quelques voix discordantes à l'extrême droite, à peu près tout le monde s'entend sur la nécessité de construire à Bordeaux, une mosquée aux dimensions de la communauté musulmane, dont, pour l'instant, la plupart des fidèles se pressent chaque vendredi dans la petite mosquée de Saint-Michel, saturée.

Reste que la mise en oeuvre de ce projet, en gestation depuis cinq ans, est complexe. Complexe sur le plan financier : les collectivités peuvent aider mais pas trop, tenues qu'elles sont par la loi sur la séparation église-État. Or, les musulmans de France n'ont pas forcément les moyens de financer sur leurs seules ressources un tel équipement... Complexe sur le plan juridique : des recours ont été déposés dans d'autres villes contre des projets similaires, toujours propices aux controverses. Et complexe sur le plan politique : la mosquée sera gérée par l'AMG, Association des musulmans de Gironde, rattachée à la fédération musulmane UOIF. Le poids de chaque fédération au sein du Conseil français du culte musulman dépend de la superficie des lieux de culte qu'elle gère : cette grande mosquée consacrera la suprématie de l'UOIF en Gironde, ce qui peut crisper d'autres fédérations.

Voilà pour le contexte. Concrètement, où en est-on ? Une nouvelle réunion de travail a eu lieu à la mairie jeudi dernier. Alain de Bouteiller, secrétaire général de la Ville, Laurent Lemaître, directeur de l'urbanisme, l'imam Tareq Oubrou, Jawad Rhaouti, président de l'AMG, ont fait le point. Première avancée concrète : la mairie est désormais propriétaire du terrain voué à accueillir la mosquée, près du lycée Tregey, à la Benauge. Cette parcelle de 10 000 m2 lui a été cédée en début d'année par Réseau Ferré de France. La mairie pourrait à son tour céder tout ou partie de ce terrain, dont la valeur estimée oscille entre 700 000 et un million d'euros, à l'association des musulmans de Gironde. Cette cession prendrait la forme d'un bail emphytéotique, formule autorisant un loyer modique en contrepartie de l'aménagement du site.

S'agissant de l'édifice, l'AMG planche avec des architectes sur une « première phase » centrée sur la construction, sur un peu plus de 2000m2, d'une salle de prière et de quelques salles de conférences - ce volet culturel pouvant justifier quelques subventions interdites pour toute activité strictement cultuelle. « Il n'y aura pas de minaret, a rappelé vendredi l'imam Oubrou. Nous devons inventer une architecture du sacré pensée dans la culture occidentale. Le minaret ne relève pas d'une architecture canonisée, il est inutile de se crisper sur quelque chose qui n'est pas important. Le bâtiment sera adapté à la société française, comme l'est notre islam. »

La réalisation de cette première phase, encore à l'étude, réclamerait un investissement évalué à cinq millions d'euros. L'AMG est en train d'élaborer un plan de financement. « Nous allons solliciter les aides des collectivités et de l'Europe, les dons, et nous rapprocher de la Fondation des Oeuvres de l'islam de France, créée par le ministère de l'Intérieur en 2005 » précise Tareq Oubrou.

J. ROUSSET

Le permis de construire comprend la création d'un parking de 45 places. Celui-ci verra le jour au rez-de-chaussée d'un second bâtiment qui jouxtera à terme la mosquée. En attendant, les fidèles occuperont la cour intérieure. Cependant, compte tenu de la fréquentation du site, sa capacité devrait s'avérer rapidement insuffisante. « Nous réfléchissons à l'achat d'un terrain en bordure du nôtre pour augmenter le nombre de places », indique Hassan Belmajdoub. D'autre part, des discussions s'engageront à la rentrée avec la mairie afin de créer un tourne-à-gauche sur l'avenue Marcel-Dassault, à hauteur de l'entrée de la propriété.

Auteur : Olivier delhoumeau
o.delhoumeau@sudouest.com

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