Limoges : Ils réclament un cimetière musulman L'initiative d'une
association de musulmans de Limoges de demander la création d'un
véritable cimetière confessionnel à
proximité de Limoges est une première en France. C'est
illégal. Mais l'association s'accroche à l'idée et
cherche des moyens légaux pour mener ce projet à bout. Franck Lagier
franck.lagier@centrefrance.com
La demande de l'association des musulmans de Limoges pour la
fraternité (AMLF) en froissera certains. Elle soulèvera
à coup sûr un débat au niveau local. Cette
initiative, unique en France, risque en tout cas de susciter de vives
critiques de la part des tenants de la laïcité. Depuis
plusieurs mois, les membres de l'AMLF, créée en 1983
à Limoges recherchent, de manière officielle, un terrain
pour accueillir un véritable cimetière. Et les recherches
sont aujourd'hui toujours très actives.
« Nous avons effectué de nombreuses
démarches pour trouver un lieu. Nous avions un début de
piste à Mézières-sur-Issoire mais le terrain en
question se trouvait sur le tracé d'une déviation. Nous
n'avons donc pas pu ». Des lettres ont été
envoyées à la mairie de Limoges et le refus a
été catégorique.
Il faut dire que sur la question, la loi est claire. Selon l'article
R 2213-33 du code général des collectivités
territoriales, l'inhumation d'une personne décédée
sur le territoire national doit avoir lieu 24 heures au moins et 6
jours au plus tard après le décès. Or
l'association souhaiterait que les défunts soient inhumés
selon leur coutume : le jour même, entourés d'un
linceul.
Il est surtout interdit de créer un cimetière
confessionnel en France. Interrogés sur cette question
précise de l'interdiction, les deux membres de l'AMLF que notre
journal a rencontrés restent sur leur position et s'en
expliquent.
« Nous savons ce que dit la loi. Mais les demandes de nos
fidèles, notamment des anciens, sont toujours très
pressantes. Ils veulent avoir un cimetière
réservé. Pour eux, être enterrés à
côté des gens du Livre ( Juifs et Chrétiens ), à la rigueur, mais à
côté d'athées, ils ne le veulent pas »
indique Mohamed Ouladmoussa, secrétaire et membre de l'AMLF.
« Notre volonté n'est pas de provoquer, ajoute le
président de l'association Fethi Belabdelli, ni de monter les
gens les uns contre les autres. Il doit y avoir un moyen juridique pour
créer un tel lieu. Ça serait par exemple faisable sur un
terrain privé et une convention avec la commune
concernée. Ce n'est pas un problème de place. Il y en a
par exemple à Louyat, au carré musulman. Mais les anciens
ne veulent pas être enterrés dans un cimetière
interconfessionnel. »
Confirmation du côté de Mohamed Anfouh, 62 ans.
« Toute ma famille est née en France. Je
préfère logiquement être enterré ici.
J'aimerais effectivement qu'il s'agisse d'un cimetière à
part, à Limoges ou dans les environs, Couzeix par exemple,
pourquoi pas ? »
Les deux hommes sont, entre autres, à l'origine de la
création de la grande mosquée de Limoges qui sera
inaugurée prochainement. Ces 3000 m2 situés rue Emile
Zola, non loin de l'avenue du général Leclerc ont
été achetés en 1999 pour 150.000 euros, et a
nécessité un million supplémentaire de travaux.
Une réalisation coûteuse et colossale que beaucoup ne
croyaient pas possible il y a quelques années. Pour l'AMLF, la
création d'un véritable cimetière est un combat
identique. Perdu d'avance pour certains. Mais pas pour eux?
« Notre lecture de la laïcité est la
suivante : il s'agit de respecter toutes les religions, pas de les
rejeter. Si la logique est celle-ci, pourquoi alors ne pas nous
autoriser à avoir notre propre cimetière ? »
Selon l'article L.2213-7 concernant la police des
funérailles et des cimetières, « le maire [?]
pourvoit d'urgence à ce que toute personne
décédée soit ensevelie ou inhumée
décemment sans distinction de culte ni de croyance. »
L'article L 2213-9 indique que « sont soumis(es) au pouvoir
de police du maire [?] les inhumations et les exhumations, sans qu'il
soit permis d'établir des distinctions ou des prescriptions
particulières à raison des croyances ou du culte du
défunt ou des circonstances qui ont accompagné sa
mort. »
Article du /
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