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Kanouté : En Espagne, le racisme est présent dans certains stades Dans une interview accordée
à la revue Espagnole Don Balón, Frédéric
Kanouté est revenu sur sa carrière au FC Séville
ainsi que sur ses expériences de citoyen et d'homme
accumulées au fil des années.
DB : Vos statistiques cette saison sont impressionnantes... K : La saison se passe plutôt bien même si je ne m'en
satisfais pas car on peut toujours faire mieux. Globalement, je suis
tout de même relativement content de ce que j'ai pu faire ici
depuis mon arrivée. DB : Avez-vous le sentiment d'avoir triomphé en Espagne ? K : Je pense que oui car les titres que j'ai pu gagner avec le FC
Séville et mes statistiques sont bien réels même si
encore une fois je ne peux pas m'en contenter car un sportif de haut
niveau n'est jamais rassasié et vise toujours plus haut. DB : Plus haut pour vous c'est quoi ? K : Jouer la Ligue des Champions et la gagner. Le FC Séville a
déjà disputé cette compétition mais nous en
gardons une saveur vraiment amère dans la bouche. DB : Pensez-vous que le FC Séville peut retrouver les sommets ? K: C'est ce que nous devons atteindre en tout cas. Nous avons
déjà gagné la Copa del Rey, deux Coupes UEFA, la
Supercoupe d'Espagne et la Supercoupe d'Europe. Cette période
est désormais derrière nous et il faut maintenant viser
d'autres titres. DB : Comme la Liga ? K : La Liga c'est possible même si selon moi ça sera
compliqué dans un futur proche car le Barça ne devrait
pas beaucoup changer la saison prochaine et ses joueurs sont vraiment
en pleine bourre. Quoi qu'il en soit , l'objectif du FC Séville
dans les prochaines années devra en effet être de
remporter la Liga. DB : L'un de ces joueurs « en pleine bourre », c'est Seydou Keita, votre ancien coéquipier... K : Oui, même si au Barça il est moins en vue qu'à
Séville où il courrait de partout comme un fou.
Aujourd'hui, il fait son boulot, dans un autre registre, mais il m'a en
tout cas dit qu'il se sentait vraiment très bien au Barça
et qu'il prenait beaucoup de plaisir à jouer dans ce club. DB
: Vous auriez aimé faire partie de ces joueurs du FC
Séville qui ont rejoint le Camp Nou (ndlr, Alves et Keita
récemment) ? K: La vérité, c'est que je n'ai jamais pensé à cette possibilité. DB : Et maintenant, vous y pensez ? K : Je sais que le Barça s'était renseigné sur moi
à plusieurs reprises par le passé et que je
m'étais déjà imaginé signer là-bas. DB : Vraiment ? K
: Le Barça est un club qui me plaît beaucoup. Mais
maintenant c'est trop tard. Cela fait partie du passé, et mon
présent et mon futur sont à Séville. DB
: Eto'o est également en pleine bourre. Un jour, il avait dit
qu'il courrait comme un noir pour vivre comme un blanc. Que pensez-vous
de cette déclaration ? K : Je ne l'avais jamais entendu et je la trouve surprenante venant d'un Africain.
DB : C'est le meilleur attaquant Africain du monde ? K : Je ne sais pas. L'un des meilleurs à coup sûr, le
meilleur je ne sais pas car il y aussi des garçons comme Drogba
et Adebayor. Ils sont tous très bons en tout cas. DB : A 31 ans, comment vous sentez-vous ? K : Physiquement très bien et dans la tête, je pense que
j'ai beaucoup grandi. A 31 ans, on est loin d'être trop vieux et
je pense même qu'on a plus d'expérience pour comprendre
plus rapidement le jeu.
DB : Vous avez prolongé votre contrat avec Séville jusqu'en 2012. K : Oui. J'attendais que d'autres offres m'arrivent pour voir si
à 3 ou 4 ans de la fin de ma carrière je n'avais pas
encore un dernier challenge à relever. Finalement, je n'ai
reçu aucune autre proposition et comme je ne souhaitais pas
attendre plus, j'ai préféré assuré mon
avenir en prolongeant mon contrat avec le FC Séville. DB : En Espagne, vous vous sentez mieux qu'en Angleterre non ? K : Personnellement, j'ai adoré vivre en Angleterre. Mais disons
que je me suis plus épanoui là-bas dans ma vie
personnelle que professionnelle alors qu'ici en Espagne, j'ai
réussi à unir les deux et à me sentir bien
à la fois sur le terrain qu'en dehors. DB : Pourquoi n'avez-vous pas triomphé là-bas ? K : Ce fut une étape compliquée car les équipes
dans lesquelles j'ai joué (ndlr, West Ham puis Tottenham) n'ont
pas gagné de trophées importants. Je pense toutefois
avoir laissé un bon souvenir aux supporters des clubs Anglais
où j'ai joué. DB : Pourquoi avez-vous quitté la Premier League ? K : J'ai beaucoup pris de plaisir à jouer en Angleterre mais
j'étais un peu fatigué. J'avais la possibilité de
changer de club mais de rester en Angleterre. Au final, j'ai
préféré changé d'air pour connaître
quelque chose de différent, ce que représentait pour moi
le football Espagnol. Voilà pourquoi j'ai accepté l'offre
du FC Séville. DB : Il y a beaucoup de différences d'un championnat à un autre ? K : Le football Anglais est incroyable car son rythme de jeu est
très rapide. Mais le football Espagnol est beaucoup plus
technique. Je crois que les joueurs Espagnols sont meilleurs avec le
ballon. Ce qui manque aux Anglais selon moi, et ça devrait
arriver très vite, c'est un succès de leur équipe
Nationale... DB : Justement, en parlant des Sélections, pourquoi avoir renoncé à jouer pour la France ? K : J'ai joué jusqu'en Espoirs pour la France, avec qui j'ai
fais pas mal de tournois amicaux. Mais j'ai eu la possibilité de
jouer pour le Mali en équipe première et j'ai
accepté. DB : Pourquoi ? K : Parce que depuis mes 14-15 ans, je suivais via la
télévision le football Africain et je suis tombé
sous le charme. A cet âge-là, je me voyais
déjà jouer un jour pour le Mali. C'est un désir
que j'ai toujours eu au fond de moi. DB : Votre entourage Français a-t-il compris votre décision ? K : J'ai beaucoup réfléchi avant de
prendre ma décision car j'étais déjà dans
les 30 Espoirs pré-sélectionnés Français et
je savais que j'étais tout proche d'être appelé
pour un match officiel. Beaucoup de gens, malgré le fait que je
leur ai expliqué pourquoi j'avais fait ce choix, ne m'ont pas
compris et ont dit que j'avais fait une erreur. DB : C'était une question de racines ? K : Oui, même si je suis né en France et que je
n'étais allé au Mali qu'en vacances quelque fois car les
billets d'avion coûtent très chers. DB : Après avoir pris cette décision, vous êtes vous senti étranger en France ? K : Oui et je crois qu'il est presque impossible qu'un noir ou un arabe
ne se soit jamais senti étranger en France, même s'il est
Français, car les gens font des choses devant toi qui te font
vite prendre conscience qu'à leurs yeux tu n'es pas
complètement Français, comme si tu étais blanc.
Ceci est une chose et souffrir du racisme en est une autre et pour
être honnête, je n'ai jamais ressenti ce sentiment en
France ni en Angleterre où pour le coup on ne m'a jamais fait
sentir que j'étais étranger. DB : En France, différentes religions et cultures vivent en harmonie ? K : C'est ça, la France est un pays multiculturel. Concernant la
religion, je me suis décidé à suivre l'Islam vers
mes 19 ans. A travers la religion, j'ai trouvé des
réponses, un équilibre, la paix. DB : C'est pour ça que vous dédiez vos buts à Allah ? K : Allah n'a pas besoin que je lui dédie mes buts mais moi j'ai
besoin de le faire pour le remercier de tout ce qu'il a fait dans ma
vie. Quand je réussi quelque chose de bien dans ma vie, je
remercie toujours Dieu en premier car c'est grâce à lui
que je respire. DB : Depuis le 11 septembre et le 11 mars, les musulmans sont surveillés à la loupe... K : Je le sais et je le comprends mais les attentats ont
été fait par une minorité de fanatiques stupides
et c'est tout. Ces attentats ont fait mal aux musulmans. On a entendu
et lu beaucoup de bêtises sur l'Islam. On ne devrait pas mettre
dans le même sac tous les musulmans, comme ici on ne met pas dans
le même sac tous les Basques. DB : Que voulez-vous dire ? K : Que je n'ai pas peur d'aller à Bilbao même si j'ai
entendu que l'ETA faisait des attentats. C'est-à-dire que je
n'ai pas peur de tous les Basques car ceux qui posent des bombes sont
simplement une minorité de fanatiques. Les
télévisions ne parlent pas mal des Basques, mais quand
ils parlent des attentats, les médias de communication
mélangent beaucoup de termes. Les médias ont
fabriqué la peur envers le musulman et certains politiques en
ont profité. DB : Qui ? K :
George Bush a utilisé l'excuse du terrorisme pour envahir l'Irak et attaquer l'Afghanistan. DB : Des joueurs de foot vous ont
déjà insulté parce que vous étiez noir ou
parce que vous étiez musulman ? K : Oui et certains d'entre eux jouent encore en Espagne. Je reconnais
que ça a été dur pour moi d'entendre certaines
choses et que j'ai été tenté de réagir. En
Angleterre, les joueurs s'insultent beaucoup entre eux, mais jamais sur
le terrain de la religion ou de la couleur de peau. DB : Dans quel pays avez-vous entendu le plus d'insultes racistes en provenance des tribunes ? K : Dans aucun stade Anglais, je n'ai senti du racisme. Ce
problème des insultes racistes n'est pas aussi présent en
Angleterre qu'il l'est en Espagne où il y a certains stades
où j'ai personnellement entendu une partie du public faire des
bruits racistes. DB : Samuel Eto’o avait
quasiment abandonné La Romareda (ndlr, antre du Real Saragosse)
pour ce genre de comportements... K :
Oui c'est vrai...
DB : Vous verriez-vous abandonner un terrain dans ce genre de situation ? K : Je ne sais pas. Je n'ai pas souffert directement de ce
problème. C'est une situation sur laquelle je ne peux pas
m'exprimer car je ne l'ai pas vécu personnellement. Une
réaction comme celle-ci doit vraiment dépendre de ce que
l'on ressent sur le moment et honnêtement si cela devait
m'arriver je ne sais pas ce que je ferai. DB : Vous n'avez donc jamais été proche de rentrer au vestiaire à cause de ce genre de problèmes ? K : Non, car même si j'ai conscience que le
racisme existe, je n'ai jamais été dans une situation
extrême au point de devoir quitter le terrain. Si cela se
produisait, je serai le premier à réfléchir pour
trouver une solution pour le dénoncer. DB : Cette idée est en accord
avec votre manière d'être car vous avez déjà
revendiquez d'autres choses... K : Comme ?
DB : Comme le jour où vous aviez mis du sparadrap pour cacher la
publicité sur votre maillot ou affiché votre soutien au
peuple Palestinien. K : Parfois, les footballeurs comme les artistes font
des choses que les autres gens font dans la rue lors des manifestations
par exemple.
DB : Mais vous vous le faîtes sur le terrain... K : Quand je sens que c'est mon devoir et mon droit, je
le fais. Ce que j'ai à revendiquer, je le fais sur un terrain
car c'est le meilleur endroit pour le faire pour un footballeur. DB : Reconnaissez que ce n'est pas très habituel dans ce milieu... K : Mais je suis préparé au fait que les gens parlent de moi. DB : Vous mélangez quand même politique et sport... K : Parfois c'est positif de mélanger les deux, pas toujours.
Les sportifs ont aussi des idées à transmettre et des
choses à dire. Par exemple, je peux dire que les Etats-Unis ont
aujourd'hui un meilleur Président qu'avant. DB : Je suis devant un fan d'Obama. K : Oui. Et c'est quelqu'un que j'apprécie. En
peu de temps, il a déjà changé beaucoup de choses
et il va continuer à le faire pour le bien du monde. Les
décisions de Bush ont foutu le bordel et je crois qu'avec Obama
les choses vont s'arranger. Il a une philosophie de changement et va
essayer d'établir un nouvel ordre mondial en faisant le
contraire de son prédécesseur Bush qui avait
provoqué une sorte de chaos mondial. Article du /
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