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Lunel, la petite Jérusalem médiévale PatrimoineLunel, la petite Jérusalem médiévale
On oublie bien souvent l'émergence au Moyen Âge d'une communauté juive
dans la cité pescalune. Il faut dire que les fouilles sur ce
patrimoine architectural font défaut (lire ci-contre). Or, cette
présence remonte au XII e siècle après J.-C., avec
une première vague d'immigration de Juifs lettrés. En
1140, les Juifs sont chassés d'Andalousie par les Almohades, une
tribu d'Arabes musulmans : certains acceptent de se reconvertir
à l'islam mais la majorité fuit et trouve refuge dans le
sud de la France : Béziers, Montpellier, Lunel... sont autant de
terres d'accueil d'un second flux d'immigration juive. La
célèbre famille Tibbonide s'établit à
Lunel. Samuel Aben Tibbon, l'un de ses plus illustres membres, impulse
un mouvement de traduction des textes, dans un premier temps de l'arabe à
l'hébreu, puis dans la langue vernaculaire. Ce rabbin,
également médecin, a traduit les écrits d'Aristote
et d'Averroès.

Nos connaissances actuelles sur l'histoire des Juifs du sud de la France et de Lunel tiennent pour l'essentiel au Livre des voyages,
rédigé par un globe-trotteur du XII e siècle.
Benjamin de Tulède, un rabbin espagnol, s'est lancé dans
un périple de dix ans à travers le monde, à la
rencontre de la diaspora juive. Il a effectué un passage dans
les différents foyers juifs de la région. On sait ainsi
qu'ils vivaient en bons termes avec les autres populations, à
une époque prospère et dynamique. Ses écrits ont
permis d'illustrer le remarquable rayonnement de la communauté
juive locale, notamment dans le domaine philosophique. L'importance de
la population juive de Lunel est telle au début du XIII e
siècle, qu'on en compte 250 pour 5 000 habitants, soit 4,5 % de
la population totale. Une décision a remis en cause cette
présence, longue de deux siècles, c'est-à-dire du
XII e au XIV e siècle après J.-C. En 1306, dans la
querelle opposant les Juifs du Sud et ceux du Nord, Philippe Le Bel
tranche en faveur de ces derniers et chasse les premiers.
Entre
temps, tous leurs biens sont confisqués, on en a aujourd'hui
perdu toute trace. Des retours restent possibles, sous de
sévères conditions, d'ordre pécuniaire en
général. Le bannissement définitif est
décrété en 1394. Toutefois, la communauté
juive a toujours bénéficié de la protection de
l'Église, et une partie d'entre elle est parvenue à
s'exiler en Avignon, auprès du Pape. On les appelle les "Juifs
du Pape". L'arrivée des Juifs andalous en 1140 a
marqué un tournant historique majeur pour la ville de Lunel, qui
devient alors un véritable carrefour culturel, aux portes de
plusieurs civilisations.
Djamila OULD KHETTAB
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