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L¨affaire des minarets perturbe le débat sur l¨identité nationale Dans le monde politique, religieux et associatif,
on redoute les effets que pourrait avoir en France le vote suisse
interdisant la construction de minarets

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La grande mosquée de Lyon et son minaret (Photo : CIRIC/Cousin). « Maintenant, il va falloir marcher sur des œufs. » Dès qu’il a appris le résultat du référendum suisse sur l’interdiction des minarets,
Éric Raoult a compris que les ennuis commençaient.
« On pouvait rêver mieux pour assurer la
sérénité de nos débats », soupire le
député UMP. Rapporteur de la mission d’information
de l’Assemblée nationale sur la burqa, Éric Raoult
a bien noté que sur l’affiche de l’UDC suisse
fustigeant les minarets, « figure aussi une femme portant le
niqab ». En France, le vote des Suisse a fait l’effet d’un coup
de tonnerre. D’autant plus menaçant qu’il intervient
en plein débat sur l’identité nationale, voulu par
Nicolas Sarkozy. Dans le monde associatif, l’initiative
helvétique a provoqué la consternation. Jean-Pierre
Dubois, président de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), se dit catastrophé par cette nouvelle affaire qui «
fait monter d’un cran la xénophobie » ambiante. Mouloud Aounit, président du Mouvement pour la réconciliation et l’amitié entre les peuples (Mrap), est, lui aussi, convaincu que le vote suisse tombe au plus
mauvais moment. « Burqa, identité nationale… le
terrain a déjà été bien labouré
» déplore-t-il.
«Marseille n’est pas la Suisse»
Hier,
les déclarations du porte-parole de l’UMP, Dominique
Paillé, ont semblé lui donner raison. « Les salles
de prière sont nécessaires mais faut-il des minarets ?
s’est-il interrogé. Pas sûr » Cet avis est
toutefois loin de faire l’unanimité à droite.
« Ouvrir ce débat, ce serait faire le jeu du FN. On a bien
vu comment l’extrême droite s’était
emparée du sujet à Marseille », souligne Yves
Moraine, patron du groupe UMP à la mairie phocéenne,
où un permis de construire vient d’être
délivré pour une mosquée dotée d’un
minaret de 25 mètres. Déjà vent debout contre le débat sur
l’identité nationale, la gauche de son côté
s’inquiète d’une importation de la thématique
des minarets. « En cette période de crise
économique, il faut faire attention à ne pas stigmatiser
à chaque fois la même communauté », met en
garde le socialiste Manuel Valls. Pour le député PS et
maire d’Évry, dont la ville abrite une cathédrale
et une mosquée, cela irait « à l’encontre du
combat entamé afin de faire sortir l’islam des caves, pour
permettre une pratique digne de cette religion, conforme à notre
idée républicaine ». Au fond, pourtant, Manuel Valls juge que cette stigmatisation
aurait bien moins de chance d’aboutir en France. « Nous
avons une tout autre expérience de relations entre la
communauté musulmane, les collectivités où
l’État. Lorsque les projets de mosquée sont
préparés en bonne intelligence, avec pédagogie,
ils sont bien acceptés », juge-t-il. « Marseille
n’est pas la Suisse, les communautés y vivent ensemble
depuis bien plus longtemps », reprend l’UMP Yves Moraine.
Les musulmans, «boucs émissaires des sociétés européennes»
Ne
pas dramatiser. Tel semble être aussi le mot d’ordre chez
les responsables musulmans de France. « Cela prouve que le vivre
ensemble et la paix religieuse ne sont jamais acquis
définitivement, souligne d’emblée Mohammed
Moussaoui, président du Conseil français du culte
musulman (CFCM). Même dans un pays tel que la Suisse, connu pour
sa tolérance religieuse et son respect de la diversité !
» D’où cette « vigilance », terme qui
revient dans la bouche de tous les acteurs religieux. « Cette
peur du musulman et de l’islam est peut-être une
réalité chez certains de nos concitoyens européens
et il faut donc en tenir compte », poursuit ainsi Mohammed
Moussaoui. Tariq Oubrou, imam et recteur de la mosquée de
Bordeaux, est moins optimiste : « L’Europe ne voit dans
l’islam qu’un programme idéologique et pas une
religion ». Il y a six ans déjà, lors du débat sur
l’interdiction du voile à l’école, le recteur
de Bordeaux, avait constaté cette « peur » des
musulmans. « Nous devons en tirer les conséquences, faire
attention aux formes de visibilité dans la société
: pour y arriver, nous devrons sacrifier des pratiques mineures pour
réfléchir à une visibilité
différente, peut-être plus agissante ». Tariq Oubrou
craint que « le sentiment de crispation augmente encore chez les
musulmans de France », qui se sentent « comme les boucs
émissaires des sociétés européennes ».
«Comme si l’on interdisait à des chrétiens d’installer un clocher»
Pour
autant, estime-t-il, « il n’y a rien de dramatique »
: les sociétés occidentales sont en quête
d’un nouveau modèle de civilisation, donc ce genre
d’accident est malheureusement « une chose normale ».
D’autant plus que, souligne de son côté Dalil
Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris,
« en France, la loi sur la laïcité prémunit
les lieux de culte de toute ingérence semblable au
référendum suisse ». Du côté des autres religions, on reste aussi très vigilant. Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Richard Pasquier redoute les dérives populistes : «
la construction des minarets fait partie de ces thèmes qui
peuvent être utilisés et instrumentalisés dans
n’importe quel sens : cela peut donner donc, tout aussi bien,
lieu à des dérives populistes qu’à un
processus de victimisation. » Pour le P. Christophe Roucou, directeur du service national de l’Église de France pour les relations avec l’islam,
le risque serait que « les musulmans en viennent à penser
qu’il n’est pas possible d’être musulman en
Europe. En France, la moitié des musulmans sont des citoyens
français ». Les tenants du référendum,
analyse-t-il encore, ont joué sur l’imaginaire, et ont
fait peur avec cela. Pour le P. Xavier Chavane, curé aux Mureaux dans les
Yvelines (35 000 habitants), une ville aux deux tiers musulmane,
« ce résultat est d’autant plus choquant que le
minaret en lui-même n’a rien d’agressif. C’est
comme si l’on interdisait à des chrétiens
d’installer un clocher ». Selon le prêtre, «
tout acte islamophobe peut nourrir une réaction violente de la
part des radicaux ».
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