Le rappeur Sinik réagit à la sur-médiatisation de Diam¨s Après deux ans
d'attentes, la naissance de sa fille Inès (qu'il a eu avec la
chanteuse Kanya Samet), et la qualification de la France et de
l'Algérie pour le prochain Mondial, le rappeur d'origines
franco-algérienne nous revient avec son nouvel opus : "Ballon
d'or".
En tant que fan du PSG, vous n'avez pas dû rater le classico face à Marseille… (Il sourit). Non et si vous saviez comme j'ai la haine qu'on ait perdu
(1-0, ndlr). Je suis dégouté. La semaine a
été mauvaise ensuite. Je me suis fait chambrer et
l'Algérino (un de ses amis rappeur marseillais), m'a
appelé pour me vanner. Bref que des mauvaises vibes.
Ça fait longtemps que vous aviez l'envie de faire un album autour du foot ? Franchement oui. Ça fait longtemps que j'y pensais. En tant que
fan, je savais qu'un moment ou un autre je m'y serais mis. En revanche,
je ne savais pas comment ça se concrétiserait.
Finalement, je n'ai pas fait un album 100 % foot. Il n'y a que deux
morceaux axés sur le foot.
Ça tombe bien, le Mondial approche... Oui, c'est vrai. On est proche d'une Coupe du monde un peu historique
(c'est la première qui se déroulera sur le sol africain :
en Afrique du Sud, ndlr), en plus il y a l'Algérie, la France et
on a vu tout ce qui s'est passé. Donc voilà, je savais
qu'un moment ou un autre j'allais en parler, ça c'est sûr.
L'Algérie y sera. Tant
mieux, car un de vos titres est dédié à la
sélection algérienne... C'est clair que si l'Algérie ne s'était pas
qualifié, ça aurait été moins marrant,
ça je ne vais pas le cacher sachant que le morceau était
déjà fait avant même leur qualification. On a pris
une sorte de pari sur l'avenir.
Avez-vous eu peur qu'elle n'y arrive pas ? J'ai plus flippé au Caire (défaite des Fennecs 0-2 face
à l'Égypte), qu'à Khartoum (victoire des Fennecs
en match d'appui, 1-0). Mais ça montre qu'on a eu raison de
prendre ce pari sur l'avenir car l'équipe est qualifiée,
et j'espère que le morceau va tourner et que ça va faire
du bruit.
Qu'est ce qui a changé entre l'album de 2007 et "Ballon d'or", celui de 2009 ? Les musiques sont plus variées. On est moins dans le
piano-violon. Il y a en amont, dans "Ballon d'or", beaucoup plus de
prise de tête, de prise de risque artistique. Globalement, je
dirais que les instrus sont moins classiques et beaucoup plus dans les
tonalités d'aujourd'hui. J'ai voulu changer les flows et en
même temps consolider ce que j'ai toujours su faire.
C'était un gros chantier et un très gros défi.
Vous êtes-vous surpris ? Oui et je peux vous dire que c'est bon de se surprendre. Arriver
à se surprendre encore ça tue. C'est ça que je
recherche quand je fais du son. J'essaie de progresser, d'aller
toujours plus haut, de me dépasser. J'aime me dire : "ah putain,
ça, je ne le faisais pas avant et là je le maitrise,
ça déchire". J'ai réussi à me surprendre et
ça déjà c'est un grand challenge artistique de
relever.
Pourquoi avoir attendu deux ans avant ce nouvel opus ? Sincèrement, je pense que j'avais besoin de me reposer l'esprit
et que j'avais tout simplement besoin de repos. Quand je dis l'esprit,
je parle de la tête sur le plan de l'écriture. Ne pas
saturer. J'ai du écrire 50 morceaux en deux ans et demi donc
ça fait pas mal de travail en écriture. C'est un gros
travail et j'avais besoin après les tournées de me
régénérer un peu.
Un besoin de recul ? Ben disons que c'est un peu comme une personne qui travail pendant un
an et qui a besoin de ses deux mois de vacances ensuite. Sauf que moi,
j'ai travaillé trois ans et donc j'avais besoin d'une petite
année de repos pour repartir.
L'une des nouveautés de
votre album réside dans la réalité
augmentée . Comment vous est venue
l'idée ? C'est ULM (sa maison de disque, ndlr) qui nous a proposé
ça et qui était déjà très au point
sur cette technologie. Moi, il y a encore six mois je ne la connaissais
pas. Après avoir vu une démo, ça m'a plu tout de
suite. Parce que c'est nouveau. Ça a un côté
interactif, virtuel où l'on permet aux gens de participer et de
faire les choses à leur sauce.
Quand on vous l'a proposée, vous y avez cru tout de suite ? Oui dès que j'ai vu la démo. C'est vrai qu'avec des mots
c'est difficile à comprendre mais dès que tu vois le truc
c'est tout de suite plus clair. Je trouve ça super original pour
une sortie d'album.
C'est aussi une bonne façon de vendre l'album original... Oui on l'espère. C'est vrai qu'aujourd'hui, se contenter de
faire de la musique surtout en musique urbaine, ça devient
très compliqué. Il faut arriver à donner un
intérêt particulier à l'album parce que la musique
en elle-même, elle peut être facilement accessible sur le
net. Il faut que les gens aient envie d'avoir le "vrai album", donc on
essaye de trouver des choses originales. C'est quelque chose de
novateur, de frais qui je pense devrait intéresser aussi les
fans de nouvelles technologie. Mais ce n'est pas ce qui empêchera
les gens de continuer à télécharger j'en suis
sûr.
On sait que vous êtes ami avec Diams. Que pensez-vous de son refus de parler à la presse ? J'ai envie de vous répondre que c'est son droit. C'est elle qui
décide et c'est en phase avec ce qu'elle vit actuellement. C'est
à mon avis une décision qui est murement
réfléchie. C'est son choix, je ne peux pas ni le
commenter, ni le juger. Je pense qu'elle a décidé de
passer à autre chose et de moins s'exposer. D'ailleurs, je pense
que ça lui fait du bien de retomber dans un anonymat, elle qui a
explosé en trois ans sur le plan médiatique.
Elle a vraiment vécu des choses difficiles ces derniers temps ? Ça peut paraître paradoxal, mais les gros succès
comme le sien, quand tu vends des millions d'albums, c'est souvent
très, très difficile. C'est souvent aussi difficile
à gérer qu'un d'échec. Je pense que
ça met la pression, c'est une perte des valeurs, c'est une perte
de pas mal de repères autour de soi. C'est beaucoup plus dur
à gérer que ce que les gens imaginent, parce que les gens
ne voient que l'aspect financier alors qu'il y a aussi un aspect
psychologique qu'il ne faut pas négliger.
Mais ce succès, vous aussi vous l'avez connu... Oui mais c'est différent. Moi je suis blindé par rapport
à certaines choses. Il y a certains trucs qui ne me touchent
pas, et puis ce n'est pas le même succès. Moi j'ai connu
un succès relatif comparé au sien. Mélanie touche
beaucoup plus de personnes que moi, je le comprends tout à fait,
je l'accepte et d'ailleurs ça ne me dérange pas du tout
mais c'est une réalité. Donc c'est pour ça que je
pense que nos succès ne sont pas comparables.
Comment classeriez-vous votre succès et le sien ? On va dire que le mien est à la base un succès "street".
C'est un succès de mec ghetto qui fait du rap. Le sien est
national voire parfois même international, donc ça va plus
loin.
Et la polémique concernant son port de voile, vous en pensez-quoi ? C'est une polémique inutile comme pas mal de polémiques
d'ailleurs. Encore une fois je me pose la question : "qui sont ces gens
pour juger ? Pour dire si c'est bien de se convertir ou pas, si c'est
bien de porter le voile ou pas !" Ce que je pense très
sincèrement, c'est qu'il y a un vrai problème avec
l'Islam en France et que tout ce qui touche à l'Islam est en
général stigmatisé. Il y a aussi un vrai
problème avec le rap. Donc si tu as le malheur de faire du rap
et en plus d'être musulman, il y a quelque chose qui
dérange les gens profondément là-dedans. Je suis
convaincu que si ce n'était pas Diams et si ce n'était
pas l'Islam, je ne pense pas qu'on en parlerait autant. C'est juste une
polémique inutile alors qu'il y a des choses bien plus
importantes dans la vie.
Dernière question. France-Algérie au Mondial, vous êtes pour qui ? (Il sourit). Ah ça, sincèrement c'est difficile. Comme
dirait Jamel, tu ne peux pas choisir entre ta mère et ton
père. C'est impossible de choisir sincèrement. Ça
va paraître langue de bois mais je vais dire que le meilleur
gagne et surtout que tout le monde fasse la fête et on sera tous
contents.
Laurent Falla
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