La
question palestinienne aura-t-elle un jour une réponse ? Pas
tout de suite, à en croire les nouvelles en provenance du
Proche-Orient. Et à écouter les témoignages de
ceux qui en reviennent, ou le débat de la Semaine de la
solidarité internationale, jeudi soir, aux Terres Neuves.
Jeudi,
Yamina Kraria a livré ses impressions au retour de quatre jours
de visite en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Voyages de
45 femmes françaises, militantes syndicales comme elle (1),
journalistes, intellectuelles... à la rencontre d'associations
de femmes palestiniennes, de syndicalistes, de la maire de Ramallah,
entre autres.
« J'étais à peu près aux
mêmes endroits au mois d'avril. Je suis frappée par la
dégradation très rapide de la situation en quelques mois.
Du désespoir de tous ces gens qu'on a rencontrés et qui
sont pourtant des militants. »
« Contaminé par la violence »
«
À Jérusalem-Est, une famille palestinienne alors
menacée d'expulsion est maintenant à la rue, sous une
tente. Ils ont été jetés à la rue en pleine
nuit. Le lendemain, il y avait des colons israéliens à
leur place. Et Tel-Aviv annonce de nouvelles colonies à
Jérusalem-Est. »
Le prisme féminin du voyage oriente le témoignage de la Béglaise.
Le
mur ? « Ce n'est pas un mur de séparation, c'est un mur
d'annexion, qui sépare les enfants palestiniens des
écoles palestiniennes, les mères palestiniennes de leurs
médecins ou des hôpitaux. »
Quant aux droits
des femmes palestiniennes, Yamina Kraria assure : « Quand on leur
pose des questions du féminisme, comme les violences conjugales,
les femmes que nous avons rencontrées répondent que la
société tout entière est contaminée par la
violence. Les hommes sont humiliés toute la journée par
l'occupation, subissent des violences. Ils rentrent et sont violents
avec leurs femmes. Les femmes sont humiliées aussi par les
barrages, les difficultés pour les soins, les courses. Elles
sont violentes avec leurs enfants. Et les enfants sont violents entre
eux. »
« Les enseignants, ajoute Yamina Kraria, ne se
sentent plus crédibles quand ils parlent d'accords de paix
à leurs élèves. » Et puis, ajoute la
militante, « ils ne croient plus en Obama. Et ils nous en veulent
de plus en plus de ne pas les soutenir ».
Divisions
Les
soutenir : c'est sur ce thème que s'est achevée dans la
divergence la conférence-débat qui ponctuait la Semaine
de la solidarité internationale organisée par la mairie
et Génération Palestine.
Un an après les
manifestations bordelaises contre l'offensive israélienne sur
Gaza, il y avait assez peu de monde dans l'amphithéâtre de
la Croix-Rouge. Deux élus municipaux, Zouina Hammi
(majorité) et Jean-Jacques Paris (PCF), seulement. Les deux
historiens invités, Samaha Khoury et Mahmoud Doua (par ailleurs
figure d'un islam bordelais « moderniste »), ont eu beau
s'appuyer sur la Bible et le Coran pour réfuter « les
mythes » fondateurs d'Israël et le caractère
religieux d'un conflit « colonial », les plus radicaux leur
ont reproché de ne pas aller plus loin. D'autres citent
l'Afrique du Sud de l'apartheid, l'Algérie de la colonisation.
Dans
le public, entre les partisans du « soutien à la
résistance » et ceux qui veulent croire encore à la
diplomatie et aux pressions politiques, le fossé reste profond.
Génération Palestine argumente sa campagne en faveur du
boycott et des sanctions internationales. Yamina Kraria rapporte ce
qu'elle a « entendu sur place : beaucoup annoncent une
troisième intifada ».