Portrait : Marwan Muhammad, des marchés financiers à son premier ouvrage
Du trading à l’écriture, il n’y a qu’un pas. Marwan Muhammad en sait quelque chose. De ses cinq années passées en salle de marché, d’abord comme stagiaire puis comme trader, il en tire « Foul Express.» Plus qu’un récit autobiographique des années passées à la «Société Particulière», l’auteur livre une critique au vitriol du milieu de la finance. L’humour et une forme de candeur en plus. Pas étonnant que Foul Express se lise surtout d’une traite. Un véritable ovni littéraire. On y trouve tout. Finance, actualité, réflexions philosophiques, voyages…Marwan Muhammad, 32 ans, a compilé dans son premier ouvrage quelques morceaux choisis de sa vie mais aussi de ses pensées. Et pour captiver le lecteur, pas mieux que la finance et le monde des traders. La réussite pour certains. La déception pour d’autres. Né en 1978, Marwan Muhammad grandit dans le très populaire XVIIIe arrondissement de Paris. Fils d’un commerçant égyptien et d’une sage-femme algérienne, le jeune homme a, comme beaucoup de jeunes issus de l’immigration, soif de réussite.
Alors quand il décroche son premier stage à la « Société Particulière », il pense prendre un ticket simple pour la réussite sociale. Derrière cinq écrans d’ordinateurs, l’œil rivé sur le cours des actions, Marwan est plongé dans le monde de l’argent. L’ouvrage regorge d’ailleurs d’anecdotes professionnelles mais aussi de petites leçons de trading. Et pour expliquer comment cela marche, Marwan prend l’exemple « d’une tonne de pomme de terre changeant de propriétaire plusieurs fois dans la même journée, apparaissant et disparaissant des écrans.» Un peu de pédagogie surtout en ces temps où tout le monde veut la peau des traders, ça ne fait pas de mal non ? Sauf que Foul Express, c’est avant tout un plaidoyer contre le système financier dans son ensemble. Car au fil des mois passés en salle de marché, le doute s’installe intérieurement chez Marwan. « A un moment donné, je me suis interrogé sur le sens de ce que je faisais », lance t-il, la voix posée.
Réflexion sur l’Afrique, comparée à une « prison à ciel ouvert » ou rejet de la société de consommation. Il en parle d’ailleurs comme « d’une maladie » dont il souffre aussi. «106 paires de baskets, 4000 disques, 350 dvd, une centaine de chemises. » Après tout, est-ce vraiment un mal? Non mais tout cela interroge le jeune auteur. « En 24 heures, j’assumais plusieurs identités. La journée, j’étais Marwan (…) ingénieur dans une salle de marché. Le soir (…), j’étais moi-même un Français d’origine égyptienne et algérienne, un musulman parmi tant d’autres…» ( Lire la suite de l'article de Nadia Moulai )