Burkini comme burqa et bikini. Pendant six mois, Berlin va tenter
l'expérience du maillot intégral. Les musulmanes sont
autorisées à nager avec cette tunique, qui répond
aux standards d'hygiène et de sécurité, dans deux
piscines de la capitale. Et si le test s'avère concluant,
l'usage pourra être généralisé dès
cet été dans tous les bassins de la capitale.
A
Berlin, ville multiculturelle par excellence, la tolérance ne
pouvait s'arrêter au bord des bassins. Iman est ravie de pouvoir
recommencer à nager, après huit ans de privation, aux
côtés de ses deux enfants en bas âge.
« Ce maillot permet à mes deux familles de se réunir à la piscine»
Pourtant,
Ehrhardt Körting (SPD), le ministre de l'Intérieur de la
ville-Etat qui est à l'origine de cette décision, est
lui-même tiraillé : « D'un
côté, je suis pour que le sport soit pratiqué par
un maximum de personnes, et pour certaines femmes de cette croyance, il
est inconcevable de nager en maillot normal. De l'autre, je crains que
ça soit un obstacle à l'intégration ».
Voilà
le mot qui fait débat, au gré des arguments
avancés par les deux parties. Nele Abdallah, qui commercialise
les burkinis en Allemagne, leur trouve cette vertu :
« Je suis moi-même une Allemande convertie à
l'islam. Eh bien ce maillot permet à mes deux familles de se
réunir à la piscine comme elles le font dans la vie
normale, sans que personne ne soit dérangé. Et donc
d'apprendre à mieux se connaître ».
Bilkay
Öney, musulmane et représentante Verte au
« Sénat » de Berlin, n'a pas la même
interprétation du mot intégration :
« C'est une manière d'ouvrir en grand la porte aux
fondamentalistes. Le problème avec ce genre de décision,
accorder ce droit au nom de la liberté religieuse, c'est qu'il
sera impossible de faire machine arrière. Comment pourra-t-on
interdire à l'avenir ce qui aura été
autorisé ? »
Le débat actuel
reprend ainsi comme en écho les arguments échangés
au moment de la polémique sur le port du voile.
Dans
d'autres piscines d'Allemagne, la requête des associations
musulmanes est tombée à l'eau. Comme à Dortmund,
où 200 femmes prennent chaque semaine des cours où elles
ne peuvent porter de burkini, mais qui sont interdits aux hommes.
« C'est
ce qu'on fait déjà aussi à Berlin, s'emporte
Ehrard Kraatz, maître-nageur à la piscine de Columbia
Damm, pour les femmes qui sont importunées ou qui se sentent
importunées par le regard des nageurs. Ça suffit comme
ça, il y a un moment où il faut mettre des
limites ».
C'est une designer australienne qui a lancé le burkini, le costume de bain islamique.