Le débat sur les minarets dépasse les frontières Suisse - L'Extrême-droite l'apporte en France Si le vote sur l'interdiction de construire de
nouveaux minarets avait lieu dimanche prochain en Suisse et non le 29 novembre,
le texte serait rejeté par plus de la moitié des Suisses.
Un sondage montre que seuls 34,9% des citoyens l'accepteraient.
Le Franco-Tunisien Samir Jelassi Radouan est le premier imam de
Suisse à avoir été formé en Europe.
«Le minaret est un des éléments architecturaux qui
composent une mosquée, dit-il. Il s’agit en
général d’une tour qui dépasse le reste de
l’édifice et qui indique la présence d’un
lieu de culte. Comme le clocher signale l’église.»
Le minaret est-il obligatoire à la mosquée? Obligatoire
n’est pas le mot. Mais par tradition, il y a le plus souvent un
minaret. Le fait qu’une mosquée n’en soit pas
pourvue devrait être le propre choix des musulmans. S’il y
avait interdiction, nous entrerions dans le champ de l’entrave
à la liberté de culte. Nous serions face à une
discrimination. J’aimerais vivre dans une société
qui voit la multireligiosité comme une richesse et non comme un
danger.
A quoi sert un minaret? Sa fonction
première est de propager l’appel à la prière
(ndlr: en Suisse, les minarets ne diffusent pas d’appel). Point
de référence, il est aussi un symbole de beauté
et de respect du meilleur de nous-mêmes, que nous offrons
à la communauté à laquelle nous appartenons.
Au-delà du minaret, la vraie question est donc de savoir si les
musulmans de Suisse et d’Europe sont une composante à part
entière de la société.
Quand les mosquées ont-elles érigé des minarets? Historiquement,
il y a toujours eu un minaret ou un élément qui
remplissait cette fonction d’appel et de point de
référence. Mais le minaret est aussi un
élément artistique, avec une ambition de beauté.
Une notion importante dans l’islam, car le Coran nous demande de
venir à la mosquée habillés de nos plus beaux
habits, avec nos plus beaux parfums. Manière de marquer le
respect au lieu de la prière.
Existe-il des courants architecturaux dans les minarets? Mon
travail à l’Université de Lugano s’intitulait
justement La multiculturalité dans l’islam à
travers l’architecture. On peut modéliser quatre courants:
Inde, Afrique, Chine et Europe, à travers l’islam en
Andalousie (ndlr: l’emblème de Séville, la Giralda
– tour carré de la cathédrale – est en fait
le minaret de l’ancienne mosquée). L’islam a
donné un espace à toutes les cultures et a
respecté les spécificités des lieux où
il s’est implanté. Toutes les mosquées et tous les
minarets ne ressemblent pas à celle de Médine, en Arabie
saoudite, qui fut la première mosquée de l’islam.
Le minaret a-t-il d’autres vertus théologiques, liturgiques? En
plus de rythmer les heures de prière, le minaret est aussi, dans
certains pays, le lieu où l’on hisse un drapeau pour
marquer la rupture du jeûne pendant le ramadan.
XAVIER ALONSO
Dans le même temps
les affiches antiminarets provoque des polémiques .
Contrairement à Lausanne et Bâle-Ville, Genève
estime contre-productif d’interdire ce matériel de
propagande. A Genève, les musulmans sont eux aussi
divisés sur le choix de prohiber ou non cette image choquante.
Nette opposition en Pays de Vaud: Lausanne, mais aussi Yverdon
et Montreux interdisent l’affiche.
L’Association suisse des musulmans pour la laïcité
est d’un autre avis: «La liberté a des limites, on
ne peut pas tout autoriser en son nom, réagit son porte-parole
Henri-Maxime Khedoud. Ces affiches incitent à la haine et
favorisent l’amalgame, comme si les musulmans étaient tous
pratiquants, voire terroristes, ou désireux d’imposer leur
loi en Suisse. Personne ne réclame cela! 90% des musulmans de
Suisse sont Européens et n’ont rien à voir avec le
fondamentalisme wahhabite. On ferait mieux de s’occuper des vrais
problèmes et de favoriser l’intégration. Et au vu
de notre Etat de droit, l’UDC, parti politique, devrait
s’abstenir d’interférer dans un fait
religieux.»

Exemple similaire en France ?
La mosquée des musulmans turcophones, la mosquée Eyyub Sultan dans le quartier de la Meinau à Strasbourg, va faire l’objet de travaux d’agrandissement. Mais le projet prévoit aussi la construction de quatre minarets. Et cela, les partisants du Front National n’en veulent pas ! Ils l’ont
exprimé en répondant à la
pétition lancée par le mouvement régionaliste Alsace d’Abord.
Le mouvement craint en effet, sur son site internet, que si la municipalité de
Strasbourg devait autoriser la construction de ces minarets, nul doute
que la communauté marocaine exigerait immédiatement la
même chose pour la grande mosquée de Strasbourg qui est en cours de construction dans le quartier du Heyritz, près de centre administratif.
En même temps, d’autres
projets sont en train d’être mis en oeuvre ou viennent de
l’être :
- la création de cimetières spécifiques pour
les musulmans sur le territoire de l’agglomération
strasbourgeoise.
- la mise à disposition par la ville de Strasbourg au
Conseil régional du culte musulman de bureaux en plein centre
ville... place Kléber.
- augmentation des subventions accordées par les collectivités alsaciennes aux associations cultuelles musulmanes.
Toutes ces démarches de ce mouvement vise uniquement à crée un " climat de tension " entre les
Alsaciens avec des messages ou des images politiques discriminatoires
ou islamophobes.C'est également parce qu’ils ne peuvent
pas réellement s’appuyer sur un arsenal juridique
performant.
La législation contre le racisme ne doit pas se limiter à
une disposition pénale à la portée limitée.
Il faudrait introduire d’autres instruments législatifs
et, surtout, voir apparaître une véritable volonté
politique de combattre l'Islamophobie. Article du /
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